L’Ina, acteur engagé du documentaire / E-dossier : Le documentaire, un genre multiforme / E-dossiers de l'audiovisuel / Publications / INA Expert - Accueil - Ina

L’Ina, acteur engagé du documentaire

Par Fabrice Blancho, responsable du Département des productions audiovisuelles de l’Ina


smallDiplômé de l’Institut des hautes études économiques de Bordeaux et titulaire d’une maîtrise en droit des affaires, Fabrice Blancho commence son parcours audiovisuel en 1991. Très tôt, le genre documentaire devient son principal centre d’intérêt, car il y trouve matière à découverte et à réflexion. Les structures de production documentaire sont alors en plein essor, dynamiques et réactives, elles donnent à voir le monde. Il rejoint la société de production Point du Jour, dont il sera le secrétaire général. En 1997, il intègre Ellipse Programme (Groupe Canal+) en tant que responsable des financements institutionnels (pour des projets de séries d’animation et de fiction). Au début de l’année 2000, retour à l’effervescence de la production de reportages et de documentaires, il participe à la création de l'agence de presse audiovisuelle Mano à Mano, qui produit une cinquantaine de documentaires et reportages pour France Télévisions, Arte, Planète, ZDF. En 2004, il devient administrateur de programmes de l’une des unités documentaire d’Arte France et devient en 2008 directeur de la production d’Arte France. C’est en septembre 2011 qu’il prend en charge la responsabilité du Département des productions audiovisuelles à l’Ina. 

_________________________

L’Ina a une longue histoire avec le documentaire, qui remonte à son origine. Fort de cet héritage de productions ambitieuses, l’Institut continue un politique de productions et de coproductions en s’appuyant sur ses savoir-faire éditoriaux, ses moyens techniques, ses relations avec un tissu de partenaires, auteurs, producteurs, diffuseurs, et, naturellement, sur la richesse de ses fonds patrimoniaux dont l’exploitation permet la création de nouvelles œuvres, qui questionnent notre mémoire. Fabrice Blancho, responsable du Département des productions audiovisuelles, trace les contours de cette politique, en s’appuyant sur de nombreux exemples de productions récentes.
_________________________ 
 

La production de documentaires à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina) est déjà une longue histoire. Depuis sa création en 1974, l’Ina n’a cessé de produire et coproduire des œuvres de télévision, et tout particulièrement des documentaires. Les équipes du Département des productions audiovisuelles sont toujours animées de cette même curiosité, de cette même énergie qui permet à des auteurs et des réalisateurs d’exprimer leurs talents et de faire découvrir au grand public des histoires, des événements, des témoins de notre temps sous des angles et des regards riches et variés.
Cet engagement de l’Ina dans la production et la coproduction permet notamment de produire des œuvres nouvelles en exploitant la richesse de ses fonds d’archives, de participer pleinement à la création audiovisuelle, d’enrichir les propositions éditoriales d’aujourd’hui et de construire la mémoire de demain.
 

Un lieu unique de production audiovisuelle
 

Sans la participation de l’Ina dans certains projets de producteurs indépendants, leurs productions seraient financièrement compromises. Le rôle de l’Ina, en tant que partenaire, devient alors essentiel à la réalisation de ces œuvres, grâce à son apport et à son expertise technique et documentaire. C’est aussi notre rôle que de permettre et faciliter aux producteurs indépendants avec qui nous travaillons (une trentaine de sociétés en 2012) la production d’œuvres pour leur donner une plus grande exposition, une plus grande ambition. Nos choix éditoriaux sont d’abord portés par l’intérêt que suscite en nous la rencontre avec celles et ceux qui défendent ce qui n’est encore qu’un fort désir de partager. C’est l’enthousiasme de ceux qui croient en leur projet qui nous porte. C’est la force de leurs propos, l’originalité de leur regard qui nous convainquent.

Nous comptons aussi sur nos capacités techniques, sur nos savoir-faire comme ceux du traitement de l’image et du son. Les investissements réalisés permettent désormais aux moyens techniques du Département des productions audiovisuelles de traiter toutes les configurations nouvelles de production, de répondre à tous les besoins actuels liés aux nouveaux moyens de tournage et de postproduction.

Dans un univers fortement concurrentiel comme celui de la production, les relations que nous avons tissées avec les responsables des unités documentaires des chaînes nous permettent de connaitre leurs demandes éditoriales, leurs conditions et contraintes de production et ainsi de proposer des projets en cohérence avec leurs politiques. Fort de ces expériences, nous veillons au principe de réalité des projets que nous développons, pour en saisir tous les aspects et toutes les questions qui se posent en termes de production.

Les principales chaînes avec qui nous travaillons sont, sans surprise, celles du service public, que ce soit Arte ou les différentes chaînes de France Télévisions. Nous portons aussi nos efforts sur des projets plus adaptés à des chaînes telles que LCP Assemblée nationale, Histoire, Ciné+, Planète…
 

Des thématiques variées
 

L’Ina aborde les genres les plus variés et travaille avec des auteurs très divers en s’engageant à chaque fois avec l’exigence et l’ambition d’aboutir à des œuvres de référence. De par notre histoire et l’importance de nos fonds patrimoniaux, nous sommes souvent sollicités sur des thématiques historiques. Force est de constater alors que l’un des enjeux de cette mémoire de l’histoire est de questionner nos erreurs et nos oublis. Mais nous continuons à traiter des questions plus sociales, plus culturelles et plus actuelles aussi. Le point commun de ces projets, c’est une mise en perspective pour mieux saisir les enjeux des questions qu’ils posent.


           large large

« Enfants forçats » d’Hubert Dubois. Photo 1, enfants en Inde, photo 2, enfants au Burkina Faso. 2011©Ina.
 

À titre d’exemples, vous avez pu voir récemment sur vos écrans de télévision : une vaste enquête sur le travail des enfants dans le monde (« Enfants forçats » d’Hubert Dubois 1 Voir ci-dessus photos enfants en Inde et au Burkina Faso), l’histoire d’une amitié brisée entre grands écrivains pendant l’entre-deux-guerres ( « Drieu La Rochelle Aragon Malraux, d’une guerre à l’autre » 2), le portrait de l’un des plus grands peintres du XXe siècle ( « Salvador Dali, un génie tragi-comique » 3), la chronique d’une élection législative (« Hénin Beaumont, chronique d’une élection » 4.Voir photos Jean-Luc Mélenchon et marine Le Pen pendant la campagne), des « paroles de cinéaste » (Jean-Jacques Annaud 5) et un portrait de la jeunesse française ( « La jeunesse a-t-elle une histoire ? » de Jacques Royer, sur Arte 6).
 

          large large

« Hénin-Beaumont, chronique d’une élection » de Petr Vaclav. Photo 1, Jean-Luc Mélenchon, photo 2, Marine Le Pen. 2012©Ina.
 

Nous produisons également notre quatrième saison de la collection « Mystères d’archives » de Serge Viallet pour Arte 7 (Voir ci-dessous photo « 2001. L’enterrement du commandant Massoud »).
 

large

« Mystères d’archives : « 2001. L’enterrement du commandant Massoud », de Serge Viallet. Ahmed Chah Massoud lors de sa dernière interview. 2012©Ina.
 

Nous avons aussi initié avec France 3 et ses antennes régionales, la collection « Territoire polars » de Jean-Pierre Vedel 8, qui fait découvrir nos régions (la Corse, la Normandie, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon) sous l’angle du polar.
 

large

« Territoire polars » de Jean-Pierre Vedel, 2012©Ina.
 

Nous serons présents en 2014, avec notamment « La Grande Guerre des nations », une collection de 7 heures sur la première guerre mondiale qui prend le parti de traiter de la question de la mondialisation, de l’essor de l’État nation à travers ce conflit. Parmi les autres projets en cours de production, deux productions déléguées Ina : « L’Ombre de Staline », réalisé par Thomas Johnson pour Arte, ou encore « Françoise Giroud, histoire d’une femme libre », réalisé par Dominique Gros pour France 3.
 

large

« L’Ombre de Staline » de Thomas Johnson. 7 novembre 2012 — Commémoration de la révolution d’octobre. 2013©Ina.
 

En 2012, l’activité du Département des productions audiovisuelles a représenté la mise en production déléguée de l’équivalent de 17 documentaires de 52 minutes, la coproduction de 34 documentaires et la diffusion d’environ 70 heures de programmes inédits sur les principales chaînes de télévision.
 

Une visibilité à l’international
 

Nos programmes sont également appréciés à l’étranger. De grandes chaînes sont des partenaires réguliers de nos productions déléguées comme les Finlandais d’Yle (Yleisradio OY), les Hollandais d’Avro (Algemene Vereniging Radio Omroep), les Italiens de la RAI (Radiotelevisione Italiana) les Suisses de la RSI (Radiotelevisione Svizzera) et de la RTS (radio télévision Suisse), les Belges de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone), les Allemands de la MDR (Mitteldeutscher Rundfunk) et de Autentik, les Canadiens d’ARTV (Chaîne de télévision culturelle) et de Radio-Canada, les Australiens de la SBS (Special Broadcasting Service), etc.

Ce travail commun est apprécié par nos partenaires et largement reconnu. Ainsi nos programmes sont régulièrement sélectionnés dans de nombreux festivals comme celui du Fipa (le film singulier de Jacques Royer « La jeunesse a-t-elle une histoire ? » coproduit par l’Ina et Arte France a fait l’ouverture du Festival international des programmes audiovisuels en 2013. Voir photo ci-dessous) et obtiennent régulièrement des prix (sept en 2012, dont « Ici, on noie les Algériens — 17 octobre 1961 » de Yasmina Adi, prix terre d’Histoire du Figra ou « Duch, le Maître des Forges de l’Enfer »de Rithy Panh, Grand Prix décerné au Festival du film et forum international sur les Droits de l’homme de Genève, et huit en 2013).
 

          original original

« La jeunesse a-t-elle une histoire ? » de Jacques Royer. Photo 1 : Hugo, Norman et Cédric Klapisch, photo 2 : Hugo et Norman. 2012©Ina.
 

Au-delà de la diffusion télévisuelle, nos programmes ont une deuxième vie. Ils peuvent être édités en DVD, mis en vente en VàD (vidéo à la demande) sur le site Ina.fr, et aussi diffusés sur des chaînes étrangères. Cela a été le cas pour les « Enfants forçats » d’Hubert Dubois et pour « Salvador Dali, génie tragi-comique » de François Lévy-Kuentz (voir photo ci-dessous) ou encore « Georges Braque, autoportrait » réalisé par Michael Gaumnitz.
 

large

« Salvador Dali, génie tragi-comique » de François Lévy-Kuentz. Salvador Dali gare Montparnasse avec son "veston aphrodisiaque », photo Bernard Allemane,1964. 2012©Ina.


Dans un paysage audiovisuel profondément modifié, avec l’arrivée de nouvelles chaînes, mais avec une place du documentaire qui devra être âprement défendu, nous maintenons plus que jamais notre ambition de produire des œuvres documentaires. Produire des programmes porteurs de sens avec une forte valeur patrimoniale. Produire pour porter les témoignages de notre époque et de ses réalités, qu’elles soient politiques, économiques sociales ou culturelles, produire pour mettre nos images, nos archives en résonance avec notre présent. La production est un levier fort pour affirmer notre identité d’entreprise culturelle de l’audiovisuel.

Fabrice Blancho, responsable du Département des productions audiovisuelles de l’Ina, septembre 2013

_________________________

1. Voir « Enfants forçats », une enquête éloquente sur le travail des enfants dans le monde, diffusée le 29 mai 2012 sur Arte, où Hubert Dubois poursuit l’enquête qu’il avait réalisée sur ce thème 20 ans auparavant.

2. Voir « Drieu La Rochelle Aragon Malraux, d’une guerre à l’autre », Un documentaire écrit et réalisé par François Caillat, production Ina, en association avec Image et Compagnie, diffusé le 8 octobre 2012 sur France 3.

3. Voir « Salvador Dali, génie tragi-comique », documentaire réalisé par François Lévy-Kuentz, production Ina / Centre Georges Pompidou / Avro, avec la participation de France Télévisions, diffusé le 2 décembre 2012 sur France 5.

4. Voir « Hénin-Beaumont, chronique d’une élection »), réalisé par Petr Vaclav, production Ina diffusée sur LCP le 22 juin 2012.

5. « Paroles de cinéaste : Jean-Jacques Annaud », réalisé par Guy Seligmann, diffusé le 2 février 2013 sur Ciné+ Club.

6. Voir « La jeunesse a-t-elle une histoire ? », réalisée par Jacques Royer, diffusée sur Arte le 8 mai 2013.

7. Voir « Mystères d’archives », Arte, Ina.

8. Voir « Territoire polars », Ina.