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France 5, chaîne grand public de tous les documentaires

Entretien avec Caroline Behar, directrice de l’unité Documentaires de France 5 et de l'unité Acquisitions et Coproductions internationales de France Télévisions.


smallCaroline Behar
est diplômée de l'ESC La Rochelle et d'un Master en marketing de l'Université de Toronto. Elle débute sa carrière dans le conseil en événement culturel. En 1995, elle rejoint France 5 à sa création au sein de la direction du Développement International et des Partenariats pour y développer un réseau international de chaînes d'éducation et de découverte. En 1997, elle est nommée adjointe de l'unité Achats et Coproductions Internationales. Elle y développe une politique d'achats de programmes science, histoire, découverte, société et culture ainsi que de nombreux projets de coproductions internationales. Elle participe à une stratégie de partenariats avec des producteurs et diffuseurs étrangers, ainsi qu’à la mise en place de la veille internationale et le développement de projets Global Média. En 2010, elle est nommée Responsable de l'Unité pour France 5, tout en continuant à diriger l'unité Acquisitions et Coproductions internationales pour l'ensemble des chaînes de France Télévisions.

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France 5 est sans conteste la chaîne du documentaire, de tous les genres de documentaires, au sein du groupe public France Télévisions et dans un paysage audiovisuel de plus en plus éclaté. La chaîne qui propose sur la moitié de sa programmation l’offre la plus variée, de manière à satisfaire les goûts des publics les plus larges, société, découverte, aventure, histoire, sciences… Comment sont choisis, produits et programmés les documentaires proposés au public ? Quels thèmes, quels formats, quels jours et horaires de programmation ? Caroline Behar, responsable de l’unité Documentaires de la chaîne explique la politique éditoriale riche et diverse qui guide leurs choix, les types de rendez-vous proposés aux téléspectateurs, dans un souci de répondre aux attentes de leur public.
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Comment France 5 définit-elle sa ligne éditoriale en matière de documentaires ?
 

Caroline Behar : France 5 est la chaîne de tous les documentaires. Elle y consacre 48 % de sa grille, soit 4 212 heures diffusées, une hausse de 16 % de la programmation en première partie de soirée en 2012, dont 320 heures produites et 436 achetées. L’engagement de France 5 en faveur du documentaire est sans faille. De l’histoire aux séries « Découverte », à l’ethnographie, aux sciences, la culture, l’environnement, l’économie…, aucun genre n’est exclu. Plus que des cases fixes, nous proposons des rendez-vous réguliers au long de la semaine : « Le Monde en face » (mardi soir, présentée par Carole Gaessler), « L’empire des Sciences » (samedi, 19 heures) qui entre dans quatrième saison, ou encore « La Case du siècle » (dimanche soir, présentée par l’historien Fabrice d’Almeida), « La Galerie France 5 » (dimanche matin, sur l’art dans tous ses états présentée par Laurence Piquet)…

Mais nous privilégions une approche singulière, les regards décalés, les « moments de bascule, les fractures », les histoires hors normes comme « Argentine, Les 500 bébés volés de la dictature » d’Alexandre Valenti, Fipa d’Or 2013. Filmer les coulisses aussi (de la mondialisation, du pouvoir..), l’intime, et toujours à hauteur d’hommes. Il suffit de consulter le « Guide de la création documentaire » de France Télévisions pour constater que l’on est loin de l’uniformisation du genre 1.

Nous voulons une mise en contexte généreuse, accessible au public, qui donne les clés de compréhension. La préoccupation du téléspectateur doit rester centrale : France 5 est une chaîne grand public de documentaires.

Nous sommes ouverts à des formats et formes divers : unitaire, mini-série, mais aussi documentaire incarné comme « J’irai dormir chez vous » avec Antoine de Maximy, Nans et Mouts dans « Nus et Culottés ». L’animateur n’est pas un alibi mais un « passeur », un messager, il apporte une valeur ajoutée.
 

Quel est l’objectif de nouvelle collection « Duels» ?
 

C. B. : C'est une collection de portraits croisés de deux personnalités observées sous le prisme de leur rivalité : de Gaulle-Beuve Mery, Karpov-Kasparov, Bill Gates-Steve Jobs… Cette nouvelle aventure donne suite à la collection « Empreintes », série de portraits de grandes personnalités contemporaines. Nous avons reçu 253 projets à l’appel clos fin juin 2013 pour la première saison de « Duels ». Nous en avons retenu 18 pour une mise à l’antenne à partir de janvier 2014. Un second appel à projets est lancé du 1er septembre au 30 octobre 2013, pour une saison 2, à l’antenne en 2015.
 

Que vous inspire cette abondance de projets ?
 

C. B. : Le monde du documentaire vit un moment de tourmente, avec une inflation du nombre de projets et de sociétés de production. L’arrivée de nouvelles chaînes n’a pas ouvert les débouchés attendus. On sent que l’on est à un moment de transition délicat, l’écosystème est fragile. Cela devient problématique pour nous. Nous sommes le point de convergence de tous les projets, et cela génère beaucoup de frustrations : douze projets sur treize se verront refusés.

Et pourtant, la profession est force de proposition, on reçoit de beaux projets, vraiment développés pour France 5, et que l’on refuse en étant malheureux de savoir qu’ils n’auront pas d’avenir. Sur « Duels », par exemple, seuls 10 % des projets reçus n’ont vraiment pas été jugés acceptables, mais on a dû en refuser beaucoup plus.

Entre responsables d’unités documentaires de chaînes publiques et producteurs, nous devons rester solidaires autour du documentaire de création, je préfère dire « créatif ». Nous nous sentons concernés par le fait de faire vivre le documentaire créatif.
 

Y a-il une spécificité française en matière de documentaire ?
 

C. B. : À l'international, de plus en plus de chaînes s'orientent vers le « factual entertainment », proche du feuilleton documentaire, régi par une structure de réalisation et une écriture très codifiées. La loi du genre veut que les premières minutes soient extrêmement fortes, pour capter le public. De notre côté, nous continuons à affirmer la pertinence du genre documentaire, de tous les genres documentaires et à lui offrir une vitrine de choix, notamment dans des cases de première partie de soirée, où il rencontre pleinement son public.

Il est cependant important de faire évoluer le genre pour continuer à surprendre et répondre aux attentes de notre public. En tant que responsable des acquisitions pour le groupe France Télévisions, je constate depuis trois ou quatre ans des évolutions flagrantes au niveau international. D’abord, un retour à des sujets locaux, moins d’ouverture. Ensuite, la présence de plus en plus fréquente de présentateurs, de « passeurs ». Enfin, la déclinaison du documentaire en séries d’au moins treize épisodes, pour fidéliser le public.
 

On cite souvent la BBC comme étant exemplaire en matière de production et diffusion de documentaires ?
 

C. B. : En fait, la BBC diffuse et produit beaucoup moins de documentaires que France Télévisions. Mais elle les finance mieux et peut les distribuer partout via sa filiale commerciale BBC Worlwide, car elle a tous les droits.
BBC1 ne fait pas plus de deux grandes séries animalières par an, mais très bien financées.
Il est vrai qu’en matière de documentaires scientifiques notamment, la BBC fait des choses inventives, sensationnelles sur des sujets exigeants. La chaine publique japonaise NHK aussi.
 

Faites vous souvent des coproductions internationales ?
 

C. B. : L'unité Acquisitions et Coproductions Internationales développe chaque année plus de 50 heures de coproductions étrangères sur des sujets sciences, archéologues, civilisations, aventure humaine, animalier qui restent des sujets universels et donc propices aux collaborations internationales.

Cependant, le recentrage des différents pays partenaires sur des sujets plus locaux, la baisse des financements internationaux ne favorisent pas l'essor des coproductions internationales. Les programmes les plus universels sont les documentaires animaliers et scientifiques. Nous travaillons avec un producteur britannique indépendant : October films et la BBC sur un grand documentaire scientifique de 85 minutes sur Stonehenge.

Les documentaires de société se prêtent beaucoup moins à la coproduction internationale, même si nous avons diffusé, en mars 2013, à l’occasion de la journée de la femme, une coproduction NHK, "la chaîne" japonaise, et la société de production Point du Jour sur les femmes de 40 ans dans le monde. Par ailleurs, au sein du groupe France télévisions, les chaînes développent des projets communs à l'instar de « La Guerre d'Hollywood » préacheté par France 3 et France 5 pour mieux financer le projet et permettre la réalisation deux formats différents, 1 X 90 minutes et 3 X 52 minutes.
 

Propos recueillis par Isabelle Repiton, journaliste, août 2013

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1.   Voir « Guide de la création documentaire », France Télévisions.