Le paradoxe numérique de la radio - Bilan

Samedi 9 février 2013, Brest

small


Le paradoxe numérique de la radio

Samedi 9 février 2013 à la Méridienne du Quartz, à Brest. 


En présence de : 
Mehdi Ahoudig, réalisateur sonore
Anne Brunel, responsable du pôle Web à la direction du multimédia, Radio France
Simon Decreuze, réalisateur de l'Atelier des Médias , RFI.  

Samedi 9 février 2013, au Quartz, scène nationale de Brest, à l’occasion du 10ème festival Longueur d’ondes, le débat « Le paradoxe numérique de la radio » animé par Ziad Maalouf, rédacteur en chef de l'Atelier des Médias surRFI, a réuni dans le cadre des Immédiatiques #4 un public enthousiaste. Les échanges, conviviaux et pertinents, ont permis d’appréhender le paysage numérique du média radio et de mieux comprendre les enjeux et les potentiels de la radio de demain.

large

Table ronde "Le paradoxe numérique de la radio, samedi 9 février 2013 à la Méridienne du Quartz, Brest. © INA - Didier Giraud

De l’importance du travail d’écriture
Intégrer les possibilités qu’offrent le numérique est une aubaine pour le réalisateur d’un programme radio, il peut le décliner en de multiples formats. Ainsi les nouveaux moyens de production permettent aux documentaristes de soigner le travail d’écriture et de mieux planifier la réalisation.

La qualité de la création prime nous rappelle Mehdi Ahoudig, réalisateur sonore, notamment pour Arte Radio. Il présente « Qui a connu Lolita ? » un documentaire « diffusé » sur Arte Radioprix Europa 2010. En consacrant plusieurs mois à l'enquête, la radio dépasse le fait divers et fait entendre la richesse et les contradictions d'un quartier, d'une ville (Marseille), d'un destin. Sur le principe de l'écoute à la demande, Arte Radio invente une nouvelle façon de produire et de diffuser des histoires sonores. La tradition de la création radiophonique pour Arte Radio privilégie l’argument esthétique, la prédominance de la voix et de la narration. Arte radio est une radio de stock : le documentariste n’a aucune obligation de formats, préciseMehdi Ahoudig. Les “sons” n'ont pas de durée prédéterminée, ils racontent un point de vue, ne contiennent aucun commentaire, mais une écriture sonore élaborée. Anne Brunel, journaliste et productrice à Radio France, exerce son métier à la croisée des univers de la radio et du numérique. Responsable du pôle Web à la direction du multimédia, elle travaille aux côtés de Joel Ronez, directeur des nouveaux médias. Allier son, image et numérique autour de projets d’applications pour mobiles, de radio filmée et d’une large offre de podcasts est leur principal objectif. MarseilleSons, application développée par Radio France pour l’événement Marseille 2013 capitale européenne de la culture, propose quatre types de contenus sonores : des rencontres avec des habitants, fruit de reportages documentaires effectués au fil de l'année, des archives sonores sélectionnées dans le fonds de l'Ina, des lectures de textes littéraires et des extraits musicaux, tous géolocalisés.

Face à ces créations originales, quelle est la place de l’écran à la radio ? Intégrer de l’image dans le média remet en cause son principe même. Filmer la radio pose la question de sa légitimité dans le paysage numérique.
Cependant, même si la radio reste le média préféré des français, l’audience radiophonique ne rajeunit pas. Les radios initialement destinées aux 15-24 ans touchent peu leur cœur de cible (Exemple : Le Mouv’). Aujourd’hui, nous explique Simon Decreuze, si l’on considère l’exemple des radios musicales, elles se font distancer par les sites de musique à la demande (Deezer,Spotify…). Il leur faut proposer un programme d’excellence pour ne pas subir la concurrence du web.

Selon Anne Brunel, la vidéo à la radio va permettre de rajeunir les audiences. A terme, les radios offriront à leurs internautes la possibilité de suivre en direct les programmes de la matinale (7h-9h), créneau sur lequel la concurrence est forte. L’image est un moyen pour la radio de toucher des cibles plus jeunes, connectées et, ainsi, d’accroître leur notoriété, peut être plus encore que via le podcast. Il est certain que les émissions de radio filmées génèrent de réels pics d’audience. A l’occasion de la campagne présidentielle en 2012, France Inter lance le site  « Clichés de campagne », qui offre un autre regard sur la course à la présidentielle. Il regroupe les temps forts de la campagne et de l’élection, vus par des photographes, et associe le point de vue de la rédaction de France Inter aux tweets des internautes. Ce projet photographique participatif innovant utilise l’outilStorify, qui permet d’agréger différentes formes de contributions sur le web. Le webdocumentaire propose lui aussi un autre format de création sonore. Première coproduction Arte et Radio France, le nouveau-né s’appelleWebdog, une websérie où quatorze hommes et femmes racontent la relation privilégiée qu’ils entretiennent avec leur chien. De leur côté, Mehdi Ahoudiget Samuel Bollendorff nous plongent dans l’univers de leur réalisation « A l’abri de rien ». Cette enquête sur le « mal logement » en France est constitué de témoignages sonores, dialoguant avec des portraits photographiques. Pour autant, se pose la question des budgets et investissements pour la radio de demain. La présence massive de la vidéo à la radio augmente les coûts de production, nous rappelle Simon Decreuze.

La radio va-t-elle perdre son âme en introduisant l’image et en délinéarisant totalement ses programmes ?
Selon Mehdi Ahoudig, le réalisateur sonore ne peut que se réjouir du tournant que prend la radio : l’âge d’or du son est en marche. Mais à l’heure du numérique, la radio n’en est qu’à ses débuts : son avenir est en cours de réflexion.
Il est inutile de s’ériger de manière radicale en « pros » ou « antis » vidéo à la radio. Le cap doit être trouvé ensemble, confie Simon Decreuze : observer, étudier et expérimenter des cas, au-delà de la France, permet d’identifier tous les possibles de la radio et d’en extraire le dénominateur commun.
Aujourd’hui, la radio peut s’écouter sur un téléphone, une tablette, un MP3, un ordinateur ou un transistor. Le défi est de surpasser la notion de support et de penser la création sonore par le prisme du transmédia.
Comme le dit si bien Mehdi Ahoudig, « la radio permet d’imaginer, pas de voir ». 

Bien que prévu, le thème de la qualité sonore n’a pas été abordé par les panelistes. Certaines prises de paroles dans la salle ont rappelé l’importance du son multicanal, indiquant que le développement de la prise de son en 5.1 ouvrait de nouvelles pistes créatives et qualitatives. De productions voient le jour en 5.1 à Radio France, des sites dédiés proposent des œuvres multicanal. Le développement du binaural (écoute spatiale au casque) est également en devenir.


Pour en savoir plus : Lire le « e-Dossier de l’audiovisuel : Le son dans tous ses états ».

small