Information et innovation - Bilan

Résumé des 3 séances à l'AFP

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Cycle « Information et innovation »

« La Social TV »

Mardi 4 décembre 2012 au siège de l'AFP,
13 Place de la Bourse, 75002 Paris - 
7ème étage


En présence de :
Wale Gbadamosi-Oyekanmifondateur, Darewin
Antonio Grigolini, responsable Social TV, France Télévisions
Sébastien Lefebvre, co-fondateur, Mesagraph
Eric Martin, Social Media & Customer Insight Analytics Leader - Europe, IBM
La table ronde était modérée par Vincent Puig, directeur exécutif, IRI-Centre Pompidou.

Plus de soixante professionnels se sont réunis à l’AFP mardi 4 décembre pour la séance de clôture du cycle « Information et innovation ». Le thème de la matinée autour des nouvelles perspectives et enjeux de la Social TV, appliqués à l’univers de l’information et des médias, a alimenté un débat riche et instructif entre Wale Gbadamosi-Oyekanmi, Sébastien Lefevre, Antonio Grigolini, Eric Martin et les participants.

L’engouement pour les réseaux sociaux et l’apparition des devices mobiles créent de nouvelles pratiques et usages. Désormais, l’utilisateur veut s’engager, participer, contribuer, réagir, voire même détourner le contenu que lui proposent les médias. Les réseaux sociaux sont devenus la vox populi. 
L’industrie de la télévision profite de ce phénomène : la Social TV propose un outil pour connecter les programmes télévisés aux réseaux sociaux. Et les chaînes de télévision veulent saisir leur chance : les dispositifs ainsi mis en place recrutent, engagent et fidélisent l’audience.
 

     
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Séance "La Social TV" Mardi 4 décembre à l'AFP- Salle du 7ème étage
 © INA - Laurence Barbier


La Social TV, créatrice d'espaces de discussion 

Darewin est la première agence de Social TV en France. Elle  a pour objectif de générer de la discussion, faire réagir les téléspectateurs autour des programmes sur lesquels elle intervient. L’agence a notamment élaboré un dispositif de la Social TV pour la chaîne NT1. Comme nous l’explique Wale Gbadamosi-Oyekanmi, elle cible principalement un public jeune. Adepte du téléchargement, cette génération n’allume plus la télévision pour suivre son programme favori. Comment inciter les fans de « Vampire Diaries » à regarder la série sur NT1 plutôt que de télécharger les épisodes sur Internet ? La solution proposée par Darewin est d’impliquer le téléspectateur et de créer un programme qui permet aux fans de commenter les épisodes pendant la diffusion de la série. Les commentaires sont retransmis lors de la diffusion de l’émission, ce qui permet ainsi de motiver l’acte de visionnage via l’écran de télévision.

Avec les mêmes perspectives, Antonio Grigolini revient sur les avancées deFrance Télévisions en matière de Social TV. Une application spécifique pour l’émission « Mots Croisés », permet d’abord de regrouper en temps réel les commentaires déposés sur la page Facebook de l'émission et les messages provenant de Twitter émis pendant celle-ci. Dans un deuxième temps, les équipes éditoriales opèrent une sélection des messages qui passeront à l’antenne. Antonio Grigolini présente également la Bubble TV, conçue spécifiquement pour l’émission « le Grand Webzé » diffusée sur France 5. Adaptée du dispositif Bubble T, elle permet de visualiser en temps réel des messages publics émis sur Twitter. Elle est le fruit d’une collaboration entre l’IRI, l’équipe de recherche Aviz de l’INRIA et l’équipe de l’émission.
 

Vers des technologies poussées d'analyse de l'audience 
Le dispositif de Social TV est une réelle opportunité pour les diffuseurs : il génère un flux de métadonnées en temps réel, ce qui permet de parfaitement connaître son audience. 
En France, 80% des possesseurs de tablettes ou smartphones utilisent leur appareil devant la télévision. Lorsqu'ils regardent la télé, 43 % des internautes utilisent un « second écran » pour chercher de l'info sur le programme visionné. 
Sébastien Lefebvre, co-fondateur de Mesagraph, présente le  système «Meaningly » : cette application web permet d’analyser des conversations sociales, de façon complètement automatique, de regrouper les messages par concepts et sujets, sans avoir besoin de définir de mots-clés en amont. Cette analyse permet d’enrichir les contenus et leur donne une deuxième vie, en particulier sur le web et les réseaux sociaux. Pour le compte de France Télévisions, la jeune entreprise développe une API propre au site de rediffusion du groupe, pluzz.fr. Les émissions les plus commentées sur les réseaux sociaux apparaissent en priorité dans la rubrique « On en parle sur Twitter ». 


De nouveaux systèmes de production 
L’analyse des réseaux sociaux peut aller jusqu’à influencer l’écriture d’un programme. IBM travaille sur le rôle des Social Media Analytics et conçoit des solutions pour gérer les Big Data et analyser la masse de données. Le défi, nous rappelle Eric Martin, est de proposer aux éditeurs de programmes une analyse, quasiment en temps réel, sur de grosses volumétries de données.IBM se spécialise sur un aspect important des Social Media Analytics : leSentiment Analysis (ou Opinion Mining). L’entreprise a expérimenté sa technologie lors de la finale du Super Bowl : sur l’écran d’une tablette, le téléspectateur pouvait par exemple enrichir le match en faisant des  commentaires sur les performances des joueurs. Le système développé par IBM permet de récupérer ces données, de les synthétiser et de déduire une appréciation positive ou négative pour chacun des joueurs. Ces informations sont ensuite publiées en différé. 
Une des forces de la Social TV est de fournir des informations sur l’opinion des téléspectateurs. Ces informations permettent de faire progresser les programmes. En s’alliant directement au producteur, la Social TV peut bousculer la ligne éditoriale d’un programme. 
Pour établir un dispositif de Social TV performant, il faut s’entourer d’une équipe compétente. De nouveaux métiers voient ainsi le jour. Par exemple, « Mots Croisés » sur France 2 s’est dotée d’outils de curation de contenus web, relevés en partie sur les réseaux sociaux, mais également d’un groupe de modérateurs, qui analyse en direct les commentaires des téléspectateurs.


L'enjeu éducatif 
Plus qu’une expérience de loisir pour l’utilisateur, les dispositifs de Social TV peuvent servir les communautés éducatives. On peut imaginer un programme éducatif commenté par les professeurs, qui permettrait d’aider les élèves à mieux comprendre certains sujets. La manière dont le savoir est diffusé change profondément. On bascule doucement vers les Digital Studies, explique Vincent Puig : le dispositif polemictweet développé par l’IRI-Centre Pompidou permet à un groupe de contributeurs de « tweeter » une émission, avec comme condition d’utiliser une syntaxe favorisant le jugement critique. Ces messages sont ensuite synchronisés avec l’émission et apparaissent sur le site de rattrapage du programme.

Vers un nouveau système économique 
Si tous les devices développés aujourd’hui sont connectés, la télévision n’avait jamais jusqu’alors saisi les opportunités offertes par la convergence.
Aujourd’hui, la télévision ne veut plus rester en marge : elle a vocation à se connecter. Cette convergence de la technologie et des contenus fait naître un nouveau modèle économique pour l’industrie de la télévision : c’est l’avènement de nouveaux modes de production de contenus, de nouveaux métiers voire de nouvelles alliances entres opérateurs TV, radio, presse…
La Social TV permettra notamment d’intégrer tous types de données : en compilant les informations disponibles sur les réseaux sociaux avec d’autres informations, les diffuseurs et les producteurs seront en mesure de proposer aux téléspectateurs des émissions sur mesure et des recommandations de programmes très fines et subtiles. 
Tout est encore à construire, il n’y a aucune certitude pour l’avenir. 
La Social TV reste dans le domaine de l’expérimentation : il faut agir avec beaucoup d’humilité et être à l’écoute des usages au jour le jour. Car c’est bien le téléspectateur qui reste maître du futur de la télévision.



Cycle « Information et innovation »

« Nouveaux métiers, nouvelles organisations »

Jeudi 8 novembre 2012 au siège de l'AFP,
13 Place de la Bourse, 75002 Paris - 7ème étage



En présence de : 
Alice Antheaume, directrice adjointe et responsable de la prospective à l’Ecole de Journalisme de Sciences Po et journaliste, Medias le Mag et Slate.fr
Laurent Guimier, journaliste, Europe 1
Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information et des sports, RTBF
Pierre Célérier, directeur adjoint de la rédaction, AFP

Elise Plissonneau, chargée de mission à l’Observatoire des métiers de la presse, AFDAS

La table ronde était modérée par Olivier Porcherot, responsable du service « Management des Contenus Audiovisuels et Multimédias », Ina EXPERT


La salle du dernier étage de l’AFP était comble pour la 2e session du cycle consacré à l’information et l’innovation, et organisé dans le cadre du Club Ina EXPERT.  

Après quelques échanges conviviaux entre les participants et les intervenants autour d’un petit-déjeuner, la séance a démarré par une présentation des conclusions de la dernière étude de l’Observatoire des métiers de la presse, intitulée « Quelles activités ? Quelles compétences pour demain ? ».
Sur la base d’un premier rapport établi en 2010, plus de 100 professionnels ont été auditionnés pour tenter d’identifier les évolutions les plus récentes du secteur de l’information. 
Les résultats portent sur l’organisation et les modes de coopération, l’évolution des activités et des métiers, mais aussi sur les compétences.
Les profils des professionnels de l’information s’élargissent, des stratégies marketing innovantes se développent. Pour répondre à ces nouveaux besoins, les profesionnels en exercice devront renforcer leurs compétences clés liées au traitement de l’information, développer les nouveaux modes d’écriture pour les plateformes d’information en ligne et maitriser les techniques pour accueillir le lecteur sur de nouveaux espaces sociaux de partage de l’information. 

Le rapport de l’Observatoire des métiers de la presse et sa synthèse sont accessibles gratuitement en ligne.


La cartographie de la presse est consultable ici.

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  Alice Antheaume         Pierre Célérier           Laurent Guimier         Jean-Pierre Jacqmin

© INA - René Pichet


Les nouveaux métiers de l’information et les nouvelles compétences des journalistes 

Les invités du Club Ina EXPERT s’accordent à dire qu’il est indispensable pour un journaliste d’être multi-compétences, afin d’être en mesure de proposer de nouveaux formats, de nouveaux angles de traitement de l’information. 
Cependant, Pierre Célérier modère cet engouement pour le « multi-tasking », en rappelant qu’avoir une compétence forte sur un métier donné reste un atout indispensable. 
Mais sur les nouveaux supports de diffusion de l’information, la fusion entre texte, image et technique est en marche et elle semble inéluctable.  

La convergence entre médias traditionnels et médias web/mobiles
Jean-Pierre Jacqmin présente la réorganisation de la rédaction de la RTBF, qui a eu lieu en 2008. Aujourd’hui, la plupart des journalistes de la RTBF sont bimédias (radio/web), l’objectif affiché étant les pousser vers le développement de profils trimédias (radio/TV/web). 
Laurent Guimier souligne qu’un des enjeux de l’évolution du secteur tourne autour de la distribution de l’information, quel que soit le média concerné. Il faut s’adapter aux usages des « télénautes ». 
La radio a toujours permis aux journalistes d’être proche de leurs auditeurs, aujourd’hui le web porte aussi en lui l’engagement de l’audience. 

Le journaliste doit-il savoir coder ? 
Alice Antheaume souligne l’importance des contenus, mais aussi des interfaces.  Aujourd’hui, un journaliste dispose d’une réelle valeur ajoutée lorsqu’il est capable de proposer des contenus et des interfaces innovants. 
Il faut savoir être original, afin d’éviter l’uniformisation, menace inhérente au web.
A Sciences Po, des cours de statistiques sont proposés aux étudiants, notamment pour pouvoir appréhender le data-journalisme. 
Jean-Pierre Jacqmin met en garde contre ce tropisme technologique et mentionne « la dictature du geek ». 
Il rappelle que le "fact-checking" est au cœur du métier depuis toujours. 

Incarner l’information
Laurent Guimier souligne qu’un bon journaliste doit savoir incarner l’information, position confirmée par les autres intervenants.  
Sur le web, cela équivaut à faire du personal branding afin que les internautes puissent établir ce rapport direct et personnel au journaliste et au média. 
Il s’agit de devenir un référent sur le web, via Twitter par exemple afin de développer sa propre marque. 
C’est une réelle évolution, le journaliste existe désormais en dehors du média auquel il appartient. 
Certaines signatures redonnent son pouvoir à l’information. 

Le rôle clé des managers
Malgré les richesses offertes par la convergence des médias, il s’avère que la plupart des journalistes sont encore largement déstabilisés par l’environnement qui évolue sans cesse. 
La veille à l’international, autour des nouvelles pratiques, apporte un éclairage essentiel sur la meilleure manière de diriger une rédaction. 
Les managers doivent être très attentifs à toutes les évolutions afin d’être les moteurs de cette convergence. Il y a là un véritable enjeu en termes de formation et d’accompagnement face à ces changements.

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Vers le journalisme 2.0 : Qu’est-ce qui change ?

ACTIVITES
Les temporalités, le rythme, la circulation de l’information
Une augmentation des interactions entre équipes aux cultures différentes
Des métiers « traditionnels » qui doivent évoluer au risque de disparaître
Des systèmes d’information pour partager et capitaliser valeurs et savoir-faire
L’introduction de micro-innovations et d’espaces de recherche
Un repositionnement des rôles dans la chaîne de traitement de l’information
De nouvelles responsabilités managériales, liées aux évolutions des modes d’organisation
des entreprises et aux évolutions des métiers

COMPETENCES
Des compétences techniques indispensables à tous les niveaux de l’entreprise
Les compétences liées aux fondamentaux du métier de journaliste restent essentielles
Des passerelles à renforcer entre audiovisuel et écrit
Une montée des compétences collectives
Une montée des compétences organisationnelles et managériales (gestion de projet)
Un changement de valeur et de culture

METIERS
Les métiers doivent être pensés, non comme des espaces fermés et pérennes,
mais comme des espaces évolutifs, qui s’appuient sur des logiques combinatoires
Source : Observatoire des métiers de la presse



Cycle "Information et innovation"

Pratiques et outils du sourcing: les nouvelles formes du journalisme

Jeudi 11 octobre 2012 au siège de l'AFP, 
13 Place de la Bourse, 75002 Paris - 7ème étage


En présence de:
Ziad Maalouf, rédacteur en chef de "L'atelier des médias"RFI
Julien Pain, redacteur en chef de l'émission "Les Observateurs", France 24
Denis Teyssou, responsable du MediaLabAFP
La table ronde était modérée par Bruno Masi, journaliste, responsable des filières journalisme et jeux vidéo à Ina EXPERT.

Quarante-cinq professionnels se sont réunis jeudi 11 octobre à l’AFP pour assister au débat « Pratiques et outils du sourcing : les nouvelles formes de journalisme ». Cette session marquait le début d’un cycle d’évènements organisé par le Club Ina EXPERT autour du thème « Information et innovation ».

Ce Club fut accueillit à l’AFP, lieu symbolique s’il en est, dans une ambiance enthousiaste mais studieuse.

Cette rencontre a été l’occasion de mettre en avant les particularités et limites du « journalisme participatif » : source d’informations aujourd’hui amplement utilisé par les médias. Ce type de journalisme interpelle et reconsidère le travail même du journaliste traditionnel.

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Séance "Information et innovation" Jeudi 11 octobre à l'AFP - Salle du 7ème étage
 © INA - Didier Giraud et Caroline Decroix

 Comment s’assurer de la véracité des données fournies par les observateurs ? Quels moyens utiliser pour former les citoyens au journalisme participatif ? Comment gérer ce flux d’informations dans un contexte d’explosion des plateformes participatives et d’utilisation massive des réseaux sociaux? Autant de questions qui ont animé le débat entre les intervenants et les professionnels participants.

Ziad Maalouf et Julien Pain ont souligné la nécessité d’encadrer les observateurs : le citoyen doit prendre conscience de l’importance des informations qu’il envoie aux médias. Pour sa part, le  journaliste doit exercer une surveillance constante sur le contenu qu’il reçoit de ses observateurs. Pour Denis Teyssou, vérifier la fiabilité des sources est possible pour l’AFP grâce à la réactivité de ses milliers de collaborateurs présents partout dans le Monde et reliés aux différents bureaux locaux. Dotée de technologies en matière de vérification des images reçues (logiciel Tungstène) l’Agence a pu déceler plusieurs impostures (par exemple, les photographies de Ben Laden mort). De son côté, Julien Pain insiste sur l’efficacité de méthodes simples, directes et moins onéreuses en examinant notamment les métadonnées d’un fichier photo.

Même si le journalisme citoyen se heurte à certaines limites, c’est aussi un accélérateur de liberté rappelle Ziad Maalouf : Internet a permis à quiconque le souhaite de réagir publiquement et de s’exprimer par l’écrit.

A l’ère du numérique, il est nécessaire de repenser les moyens d’information des grands médias et de réfléchir à une meilleure réactivité. Aujourd’hui, si les réseaux sociaux laissent très largement la parole aux citoyens, les organes médiatiques traditionnels peinent à réagir rapidement à ces nouvelles formes de communication. Il s’agit d’envisager un nouveau modèle économique pour les médias français. Hervé Brusini, directeur chargé de l’information nationale sur les Médias numériques pour France Télévisions, clôture le débat en invitant les grands médias à se positionner sur ces nouvelles formes du journalisme et à profiter pleinement de cette période enthousiasmante de révolution des systèmes d’informations.

                             

Consultez le programme de la séance "Pratiques et outils du sourcing : les nouvelles formes du journalismeet du cycle "Information et innovation"