Passeurs d’images et de sons : recherchistes et documentalistes audiovisuels

Par Valérie Massignon, Directrice d’XY Zèbre, recherchiste

originalValérie Massignon, historienne de formation, dirige   XY Zèbre, société de recherches d'images, d’archives, d’informations et de négociation de droits pour l’audiovisuel, fondée en 1992. Elle opère de très nombreuses missions, en France et à l’étranger, pour la télévision, le cinéma, l’édition multimédias et le secteur muséographique… Elle conçoit et anime des stages de formation en direction des professionnels de l’audiovisuel et de la culture en formation initiale ou continue, avec l’Ina notamment. Elle mène en parallèle des actions de rédaction et de création culturelle. Elle a écrit « La Recherche d’images : sources, méthodes et droits » (Éditions de Boeck,-Ina, 2002), et coécrit le « Vadémécum des chercheurs d’images » (Adbs, 2004). Elle est membre de Focal International et de Piaf-Images. 

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Des gisements documentaires innombrables, des flots d’archives audiovisuelles de toute provenance, des sources d’images qui se démultiplient… Autant de potentiel d’images et de sons à mettre au jour, à valoriser et à offrir aux professionnels et au grand public, qui veulent y avoir accès. Cet accès nécessite des métiers de « passeurs » que peu connaissent, tant ils œuvrent en coulisses de la chaîne de production audiovisuelle pour décrire et pour trouver la bonne archive pour le bon emploi, l’archive inconnue, l’archive essentielle pour tel ou tel usage : les documentalistes qui indexent les documents et les recherchistes qui les repèrent. Valérie Massignon connaît particulièrement bien le métier de recherchiste, qu’elle pratique et enseigne. Elle nous propose un voyage illustré dans les méandres, les joies et les contraintes — matérielles ou juridiques — de la recherche d’images et de sons à travers le monde entier, qui vont servir notamment à réaliser des œuvres audiovisuelles.

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Un océan d’images

 

Les gisements documentaires sont innombrables, éclatés, atomisés, en mouvement perpétuel. Le champ mondial des  sources d’images et de programmes est immense.

Chaque jour écoulé apporte son flot d’archives en puissance. Les informations et les créations d’aujourd’hui constituent les archives  de demain. Les stocks augmentent. Les nouveaux moyens numériques de captation, de production, et de  diffusion, aux mains de tous, démultiplient les sources d’images.

Les centres d’archives audiovisuelles tentent de canaliser cette matière inépuisable. Ils exploitent leurs propres fonds, en agrègent d’autres par acquisition ou par mandat. Ils stockent, conservent, entretiennent, numérisent ces fonds, à grand renfort d’investissements. Ils mettent à disposition leurs outils et leurs plateformes, pour les valoriser et les offrir aux utilisateurs, professionnels ou grand public.

 

Une renaissance permanente

 

Dans l’ombre des sources, les documentalistes-archivistes traitent les œuvres et les documents, en les cataloguant, les décrivant, les indexant.

Chaque jour, à l’Ina ou chez Gaumont Pathé,  dans de petites ou de grosses structures, publiques ou privées, tels des archéologues, ils traitent les flux d’archives.  Parmi ces stocks,  des collections ou des programmes,  à peine catalogués ressuscitent et ré-émergent grâce à leur travail de description et d’identification, avec l’aide de spécialistes d’un sujet. C’est le cas des archives sur Noureev à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). C’est aussi le cas de lots entiers d’émissions d’information de RFO (réseau Outre-Mer), en cours de numérisation. Une mine pour l’histoire de l’Outre-Mer, encore à peine exploitable, que l’Ina a la charge de traiter. Autre exemple, parmi tant d’autres, la Maison Anne Frank a mis au jour un document film unique de quelques secondes où apparaît fugitivement la jeune Anne Frank lors d’un mariage de ses voisins en 1941 [1].

C’est ainsi que se révèlent à nouveau des programmes jusqu’alors enfouis, déclarés « inédits ».

Les  auteurs, les producteurs, les éditeurs « régénèrent » ces archives en concevant des projets qui nécessitent leur utilisation.

Le passé, lointain ou proche, est constamment interrogé, réinventé par de nouveaux regards, ou tout simplement cité .
Ces projets peuvent être de toutes sortes, classiques ou innovants : documentaire « à base d’archives », publicité, long métrage, exposition muséographique, webdocumentaire, livre bimédia,  programme pédagogique, site, spectacle vivant…

L’évolution des genres et des techniques 3D et 2D renouvellent le recours aux images et aux archives, créent de nouvelles approches.

Sans créateurs, sans concepteurs, sans historiens, sans public, les archives tourneraient en rond. Sans archivage, les documents et les œuvres sombrent dans l’oubli. Sans traitement documentaire, sans description linguistique, sans mots,  sans mise à disposition, sans publication, les images et les documents  restent lettre morte. Les archives ne se réaniment que si elles peuvent être identifiées, grâce au travail trop souvent négligé et dévalué des documentalistes et des recherchistes.

Les recherchistes sont là pour trouver les archives et faire la médiation entre les sources et les utilisateurs professionnels, producteurs, éditeurs, réalisateurs, scénographes, metteurs en scène, etc. Elles (ils) contribuent à la qualité et à la richesse des projets. Comme tous les documents et les œuvres ne sont pas identifiés, les recherchistes mettent en œuvre tous les moyens de détection et d’interrogation possible pour arriver à les trouver !

 

Les web visible et invisible

 

Depuis 2005, la numérisation croissante des vidéos et des archives audiovisuelles, la mise à disposition partielle sur le Web, visible et invisible, a révolutionné la recherche d’images et  l’accès aux images.

Le Web 2.0 [2] offre une multitude de vidéos, de séquences audiovisuelles, légales ou piratées qui permettent de repérer des contenus, dans la plus grande anarchie.

Le Web.2.0 ne représente pourtant que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée, non indexée par les moteurs de recherches, représente au moins trois fois plus de possibilités : c’est le Web invisible qui contient la majorité des données.

Ce Web invisible comprend notamment, entre autres, les sites web construits autour d'une base de données (interrogeable uniquement par un moteur de recherche interne), les pages protégées par un mot de passe…, bref la majorité des sources d’images professionnelles.

Une recherche d’images ne peut donc se contenter du Web 2.0.
Les recherchistes opèrent sur ces deux Web et l’ensemble de ces territoires.

 

L’expertise du recherchiste

 

La (le) recherchiste peut avoir à chercher tout, dans tous les domaines, partout  en France et à l’étranger : un très beau plan de tempête pour un spot publicitaire,  toutes les archives audiovisuelles allemandes et françaises sur Paul Celan pour un projet télévisé et muséal, des images des Pères Blancs au Rwanda belge vers 1900 pour un documentaire de télévision, toute l’imagerie du culte de Jeanne d’Arc pour un Historial, des films d’éducation sexuelle des années soixante aux États-Unis pour un clip, les meilleures séquences de longs métrages tournées dans l’Orient–Express, une déclaration de Recep Tayyip Erdogan — le premier ministre turc — à propos du génocide arménien…

Chaque programme pour lequel elle (il) travaille est un prototype unique, fruit d’un regard unique et singulier, celui de l’auteur, du réalisateur ou du concepteur.
Aucune recherche ne se répète donc.

La (le) recherchiste opère au service d’un « producteur » ou d’un « commanditaire » qui tient les finances du projet et  d’un « concepteur »,  d’un « auteur » ou d’un « réalisateur » qui conçoivent intellectuellement et artistiquement un projet.

Elle (il) est parfois prise entre le marteau des sous du producteur et l’enclume des désirs du réalisateur. Elle (il) essaye de trouver les meilleures solutions aux meilleurs coûts pour satisfaire les contraintes des uns et les espérances des autres. Elle (il) est, d’un côté, la complice artistique et intellectuelle des concepteurs, réalisateurs et, de l’autre, conseillère(er) et cogestionnaire des achats d’archives et d’image avec les producteurs.

Il arrive parfois que le producteur veuille faire l ‘économie de la recherche des images, et soumette aux recherchistes, en aval du process, un pur travail de clarification de droits sur des lots de séquences ou d’images glanées  sur le Web 2.0, ce qui est parfois regrettable et  finalement peu profitable au film.

Un(e) recherchiste doit :

-  rechercher des documents sur tous supports, trouver les bonnes sources en fonction des sujets, des budgets, des délais, des styles,

-  visionner et présélectionner des documents pertinents et accessibles,

-  s’assurer de leur qualité technique et de leur possibilité de reproduction,

-  clarifier et tracer les ayants droit,

-  négocier financièrement les droits en fonction des modes d’exploitation prévus et du budget.

 

Le grand voyage 

 

Les recherchistes partent  à la pêche, munis de leur boussole et de leurs filets, dans l’océan infini  des sources,  de plus en plus piraté, puisant dans les fonds patrimoniaux et le marché des images.

Chaque travail de recherche est un voyage en terre connue et inconnue. Chaque mission d’expédition va les conduire, partout dans le monde, sur des chemins balisés et hors des sentiers battus. En ligne et hors ligne [3].

Elles (ils) parcourent tous les chemins possibles qui mènent aux sources d’image ou d’information et choisissent les plus adaptées à la finalité du projet.

Elles (ils) explorent un très large champ d’investigation, très concurrentiel  composé de sources en tous genres, de tous types.

Elles (ils) éveillent non seulement leurs connaissances, mais aussi toute leur imagination et leur sensibilité pour transposer dans leurs recherches les volontés de l’auteur-réalisateur du projet.

Cinémathèques, vidéothèques, photothèques, maisons de production, distributeurs, banques d’images, chaînes de télévision, services de communication, collectionneurs, contributeurs constituent en majorité ce terrain de recherches. Plusieurs représentants de ces différentes catégories  sont membres d’associations professionnelles, internationales comme Focal International [4], francophones comme Piaf-Images [5], rassemblant représentants des sources et recherchistes.

Ces sources ont leurs fonds propres : plus de 100 ans de patrimoine cinématographique chez « Gaumont Pathé Archives » [6], près de 70 ans de patrimoine télévisuel et radiophonique à l’Ina [7], et leur agrègent des collections extérieures, par acquisition, partenariat…

 « L’ Atelier des archives » [8], très éclectique et très riche, rassemble  des collections, s’alliant avec des producteurs, des journalistes, des réalisateurs, des cinéastes amateurs, qui ont tourné des images singulières, qui sur Mai 68, qui sur les immigrants africains à Ceuta et Melilla. Thierry Rolland, son cogérant, a entrepris tout un travail de recherche et d’identification de documents  filmés sur la question de l’Holocauste dans le fonds des archives nationales des États-Unis, le Nara (National Archive and Records Administration), et les met à disposition sur sa plateforme.

Les cinémathèques régionales comme la Cinémathèque de Bretagne [9], et toutes ses consœurs de France, collectent ou reçoivent en dépôt ou don, toutes sortes de films, dont des films amateurs très précieux qui apportent des notes, des couleurs et des émotions très personnelles.

Toutes les sources, de taille importante ou modeste, ne mettent pas leurs données ou leurs images en ligne. Des trésors s’y trouvent, à condition de se déplacer.
Une recherche d’archives à l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, qui gère les fonds cinématographiques et photographiques des armées françaises depuis 1915) nécessite une consultation sur place.  

Lobster Films [10], première collection privée au monde, est une mine d’or aux spectres très variés, qui fonctionne très bien hors ligne et offre de réjouissantes trouvailles. Elle contient aussi bien des films de longs métrages, du temps du muet à la fin des années 1970, des films d’amateurs de famille, des actualités américaines des années 1930 aux années 1970, des films de jazz, dessins animés, des documentaires, des  films érotiques, des rushes du grand reporter Daniel Grandclément des années 1980…

Pour faire des recherches d’archives allemandes, auprès des chaines de télévision  organisées par région, ou auprès du Bundesarchiv [11] (Archives nationales allemandes avec deux départements film), le travail se fait majoritairement hors ligne.

Dans certains cas, le voyage et la consultation sur place sont donc impératifs  et fructueux en tous points.
Pour L’Algérie à l’épreuve du pouvoir, 1962 à 2012, film de Jérôme Sesquin et Hervé Bourges, diffusé par France 5 en 2012, une recherche sur place, à Alger, à  l’ENTV (la télévision nationale algérienne),  a permis de moissonner, et visionner,  en longueur, une grande quantité de  sujets et de séquences originales, que je n’aurais pu trouver ailleurs.

Les documents ne se trouvent pas tous dans les grands fonds. La (le) recherchiste essaye de trouver des alternatives, des documents singuliers ou des sources marginales, qui disposent de « média »  transmissibles et exploitables :

-  telle conférence de presse de Pierre Péan sur le Rwanda enregistrée en 2013 par une agence de presse de la diaspora congolaise, représentative de ces nouveaux médias « pure player » conçus avec la  technologie du Web 2.0 ;

-  des films de famille des débuts du XXe siècle restés dans les mains d’une famille, comme les films de la famille Ferrari contactés au hasard d’une  rencontre dans un laboratoire par les équipes de recherchistes de la série documentaire de Daniel Costelle et Isabelle Clarke, Apocalypse 14-18, diffusée en 2014 sur France 2.

-  ou encore des vidéos sur les massacres des Années noires en Algérie, interdites d’accès à l’ENTV (la télévision nationale algérienne) mais accessibles auprès de cameramen privés, localisés par un « fixeur » sur place.

Tous les chemins mènent à Rome et tous les moyens sont bons pour trouver les bons documents et les bons contacts, en marge des autoroutes de l’information: Internet, le bottin (les pages blanches et jaunes), un dialogue avec un voisin, un ami, un spécialiste, un rebond recueilli en lisant, en écoutant ou visionnant un autre document. Ces capacités d’enquête et de rebondissement fondent les bases d’une bonne recherche.

C ‘est en écoutant une émission de radio, que j’ai entendu Charles Trénet parler des films qu’il tournait lui même avec sa camera Bell and Howell et que j’ai pu accéder à cette riche matière.

Pour sa recherche d’archives destinées au film de David Teboul, « À la recherche de Brigitte Bardot » (Arte, 2013), au détour de l’écoute d’une émission de radio, ma collègue Anne Gaussens a déniché une séquence extraite d’un film de Marcel Martin, de 1949, « Paris, Capitale de la danse » à la Cinémathèque Robert Lynnen. On y voit Brigitte Bardot, toute jeune et tout à fait inconnue à l’époque, apprendre la danse. Hélas et patatras, la trouvaille n’a pu déboucher sur la moindre utilisation car le film de Marcel Martin est à ce jour une œuvre orpheline, sans possibilité d’exploitation et de libération des droits…

 

Trouver la bonne source

 

Aux recherchistes de faire le bon choix, d’opérer judicieusement avec ces sources, sans se noyer, de rebondir de l’une à l’autre en fonction de leurs atouts,  de leur attractivité, de leur accessibilité et de leur réactivité, qu’elle soit en ligne ou non.

Pour un même sujet, et pour un même document, en expert et connaisseur des sources, elles (ils) vont  mettre en jeu les différences et les concurrences.

Pour ma recherche d’archives russes et de films documentaires en couleur sur Gagarine, à la fois pour la série documentaire de Serge Viallet , Mystère d’archives (Ina, Arte, 2012), ou la Cité des Télécoms et son exposition sur la Course à la lune, j’ai choisi  de m’adresser directement à une source russe, rapide et compétitive, plutôt que de passer par des représentants français ou américains, plus longs et plus couteux.

 

Aller au-delà des amnésies numériques

 

Tout n’est pas numérisé non plus dans les sources en ligne. Il faut donc aller au-delà de son clavier et combattre les « amnésies numériques » notamment pour la période des années 1970 et les périodes les plus anciennes.  De bonnes connaissances historiques, une bonne mémoire sont nécessaires pour retrouver des images emblématiques d’une époque parfois récente, mais déjà effacée par les choix de numérisation.

Dans les banques d’images, des pans entiers d’images et d’histoire, non numérisés, sont remisés à l’écart ou décontextualisés.

Pour de très nombreux événements, ou de nombreuses personnalités, il faudra exhumer des caves ou des greniers, des fiches descriptives, des bobines, des cassettes, des planches de contact ou des tirages qui n’auront pas été encore numérisés.

 

L’art de l’interrogation

 

Il ne suffit pas que les images existent sur Internet pour les trouver. Les résultats de recherche obtenus varient d’ailleurs d’une personne à l’autre sur un même site et un même corpus offert.

Pour extraire la substantifique moelle des fonds, il est capital de savoir interroger, de façon adéquate en fonction de l’indexation du fonds. Il est essentiel de ne pas imposer son langage à une base de données mais d’adapter les termes de sa demande. La (le) recherchiste déploie une méthodologie de recherche, avec réflexion et imagination, mène un travail de détective, en ne se limitant pas à son ordinateur et ses clics, en fouillant, en dialoguant avec les sources, en ligne ou non en ligne.

Elle (il) exerce son œil, évalue la pertinence des images et des informations.

Face au grand bazar de l’information, aux cavernes d’Ali baba, au dédale des droits, la (le) recherchiste est précisément un sésame.

Pour trouver, trier, proposer, éviter les embuches juridiques et les fausses pistes. Pour organiser, gérer, légaliser.

La (le) recherchiste apporte son expertise : en conseillant  sur les stratégies de recherche et de partenariat avec les sources les plus directes,  en fonction de leurs coûts et de leurs conditions d’accès, en aidant à la prévision du budget d’achat des archives, en clarifiant et négociant les droits, en gérant les coûts de concert avec la production. Les contraintes de productions à base d’archives sont de plus en plus complexes…

 

L’art de la clarification des droits

 

Le temps de travail des recherchistes consacré aux chiffres et aux droits l’emporte de plus en plus sur le temps du « regard ».

L’identification des ayants droit des images glanées, ici ou là, au hasard des investigations est un jeu de pistes et peut-être un chemin de croix ! Ce travail de clarification et de négociation des droits, occupe la majeure partie du temps dans le processus de la recherche de documents iconographiques et audiovisuels, pour limiter la prise de risque du producteur qui acquiert les droits et du « fournisseur » qui cède les droits.

Toute une cascade de droits peut s’abattre sur une œuvre à utiliser et en restreindre l’utilisation : droits d’auteurs et droits voisins mais aussi droits à l’image, droits de propriété….

Remonter la trace des sources des documents, traquer leurs ayants droit ici, retrouver leurs supports là, négocier les droits, suivre et contrôler les achats d’archives, sont des phases et des responsabilités essentielles du recherchiste.

Jusqu’où doit-on aller dans les autorisations, jusqu’où doit-on aller dans les interdictions si l’on ne veut pas léser le droit des uns d’un côté et le droit à l’information de l’autre : nous sommes confrontés à ces passionnantes questions de fond en permanence, pour lesquelles la jurisprudence évolue constamment. Notamment en matière de droit à l’image.

 

Un métier essentiel

 

Avec l’explosion des images sur le Net, trop de commanditaires, sous la pression de leur sous-financement ou de leur manque d’investissement, cherchent à économiser sur le travail des recherchistes en évacuant la phase initiale de recherche, de façon dommageable aux projets.

Cette phase contribue pourtant de façon essentielle non seulement à la qualité et à la richesse des projets mais, au bout du compte, à leur économie.

Les process ont été bouleversés, les relations de travail entre réalisatrices (teurs) et recherchistes considérablement modifiés. Sous la pression des chiffres et des technologies à distance, la complicité ou les duos qui s’exerçaient entre eux, en amont pour l’élaboration d’une œuvre se sont distendus, tout passant aujourd’hui prioritairement par la case « Production » et « Calculette ».

Les sources d’images souffrent de ce même déficit d’approche, très souvent déclarées a priori trop chères, en dépit de leurs baisses de coûts, de leurs investissements numériques, et de l’élargissement de leurs fonds au service de leurs utilisateurs.

La culture de la mendicité, déjà si forte dans le monde de la production audiovisuelle, alliée à la culture numérique de la gratuité, la démultiplication des productions et réalisations à tout prix et à bas coût, ne favorisent pas le monde des archives ni le paysage audiovisuel français en général.

La recherche et la négociation des images sont un vrai métier, à haut niveau d’exigence, qui nécessite des compétences élargies, intellectuelles, artistiques, techniques, financières et juridiques.

Ce métier ne s’improvise pas et s’acquiert avec du temps. Il nécessite une bonne formation universitaire (niveau master, à mes yeux), assortie d’une bonne culture générale et d’une curiosité en alerte permanente.

Il n’y a pas encore de formation spécifique, longue et initiale à ce jour. L’Ina propose des stages de sensibilisation de quatre jours et vient de lancer une nouvelle formation  de quelques mois.

Le métier et la valeur ajoutée des recherchistes, comme celui des sources, ne sont sans doute pas toujours assez exploités et assez reconnus, alors même que les besoins d’images et de son s’amplifient.

 

Valérie Massignon, directrice d’XY Zèbre, recherchiste, Avril 2014

 


[2] L'expression « Web 2.0 » désigne l'ensemble des techniques et des usages qui ont suivi la forme originelle du web, avec des interfaces simplifiant l’appropriation des nouvelles fonctionnalités.

[3] Utilisée par opposition à l’expression « en ligne » (recherche et visionnage de façon dématérialisée), « hors ligne » résume un certain nombre de démarches pour obtenir des références documentaires ou des copies de documents de différentes manières : sur place dans les centres de consultation, par correspondance téléphonique, courriel, coursier, courrier postal…

[7] Voir InamédiaPro, le site de l’Ina destiné aux professionnels.