Les mille et une vies des archives de l’Ina

Par Sylvie Richard, chef du Service de l’action culturelle et éducative de l’Ina

originalEntrée en 1975 à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), Sylvie Richard y a exercé diverses fonctions : attachée de presse, chargée de programmations d’archives, responsable des manifestations et partenariats culturels. Depuis 2005, elle est le chef du Service du développement éducatif et culturel de l’Ina (ancien nom du Service de l’action culturelle et éducative, le Sace actuel), qui a pour vocation de valoriser et de promouvoir les archives télévisuelles et radiophoniques conservées par l’Institut vers les milieux institutionnels et culturels ainsi qu’à destination de la communauté éducative, en France et à l’étranger. Avec son équipe, elle engage les fonds audiovisuels de l’Ina dans la diversité des manifestations artistiques (festivals, expositions, célébrations nationales et internationales) ; l’accompagnement de la réflexion des musées sur l’intégration de l’image et du son dans leurs collections ; le développement du dialogue des archives avec les autres disciplines artistiques. En 1997, elle a été secrétaire générale à l’organisation en France de la Conférence des télévisions de service public, Input, et membre du bureau du Comité d’histoire de la télévision de 1998 à 2008.

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L’Ina, dès son origine, a voulu s’affirmer comme un acteur essentiel dans les domaines de la culture et de l’éducation. Ainsi, l’Institut s’est très vite doté d’un service des manifestations chargé d’organiser débats et projections autour des grandes heures de la télévision et donc, déjà, d’assurer une programmation d’une sélection d’archives « hors antenne »). Très tôt, également, l’Ina concevra un catalogue d’émissions enregistrées sur cassettes élaboré pour le monde scolaire, conscient que les archives avaient un rôle déterminant à jouer dans la transmission des connaissances. Aujourd’hui, le Service de l’action culturelle et éducative (Sace) œuvre à proposer une palette de projets valorisant les archives radiophoniques et télévisuelles françaises  en partenariat avec des ministères, des musées, des collectivités territoriales, des festivals… Dans ce même esprit, il organise depuis une dizaine d’années des projets originaux auxquels collaborent des créateurs contemporains, chorégraphes, plasticiens, écrivains. Ces formes plurielles de valorisation dont nous parle Sylvie Richard, chef du Sace, permettent à l’Ina de toucher des publics différents au travers de cadres multiples, en France comme à l’international.

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À l’éclatement de l’ORTF (Office de radiodiffusion télévision française) en 1974, la mission de conservation des archives de la télévision et de la radio publiques est confiée à l’Ina (Institut national de l’audiovisuel). Cette mission implique dès le début la mise en valeur de ce patrimoine, prévue par son cahier des charges et, aujourd’hui, dans ses contrats d’objectifs et de moyens passés avec l’État.

« Cette mémoire collective – la télévision — il faut l’éveiller, l’interroger, la discuter… » écrit Pierre Emmanuel, premier président de l’Ina en 1975. Dès sa création, l’Institut cherche à inventer des manières de mettre en valeur le patrimoine télévisuel auprès du grand public, et d’y impliquer les professionnels. Il propose des programmations, des cycles et des dispositifs novateurs et variés de valorisation de ce patrimoine, d’abord seul puis, très rapidement, à travers la mise en œuvre de partenariats avec diverses manifestations culturelles grand public.

Cette affirmation de la fonction culturelle et éducative est par ailleurs la contrepartie  des activités commerciales autour des archives (qui se développent surtout à partir des années 1980). Plusieurs facteurs ont rendu possible le déploiement de cette activité de valorisation.

-          La reconnaissance par les pouvoirs publics du fait que ces programmes de télévision et de radio constituent un patrimoine national et le financement par ces mêmes pouvoirs publics d’un plan de sauvegarde et de numérisation mis en place par l’Ina à partir des années 2000.

-          Les évolutions des techniques : le film remplacé peu à peu par la vidéo, puis par le numérique impliquant la dématérialisation des supports, et l’apparition de vecteurs de diffusion nouveaux comme l’internet, les applications mobiles, les dispositifs interactifs…

-          La préoccupation de rendre fluide sur le plan juridique l’exploitation de ces programmes, dans le respect du droit des auteurs, réalisateurs et autres différents ayants droit, en négociant de nouveaux accords avec les sociétés de gestion collective de ces droits.

Cette valorisation du patrimoine télévisuel s’est déployée sur près de 40 ans, sous diverses modalités de communication qui ont évolué suivant les époques et qui, aujourd’hui, se complètent. L’Ina a enrichi sa ligne éditoriale en différentes étapes— découverte, mémoire, réflexion, création — pour diversifier la mise en valeur de ce patrimoine. L’Institut a ainsi non seulement fait connaître le répertoire de la télévision, mais il aussi initié et accompagné les nouvelles formes d’utilisation et de questionnement des archives, tout particulièrement sur un plan culturel et éducatif.

 

Quelques exemples de valorisation des archives en situations culturelles et éducatives par le Sace, 2013 © Ina.

 

La découverte

 

De 1975 à 1977, Le Service des manifestations, dépendant directement de la Présidence de l’Ina, organise quelques programmations par an, avec des rendez-vous réguliers. Ces rendez-vous fonctionnaient plutôt comme une sorte de clubs de rencontres pour restituer les grandes heures de la télévision. Dès ces années là, des projections-débats tels «  Le Bistrot des images », « Les Yeux et la mémoire » ou « Revoir, revivre la télévision » rencontrent un certain intérêt du grand public puis des professionnels.

Puis des programmations d’archives, thématiques, trouvent presque systématiquement leur place en contrepoint de programmations montées par des festivals, comme au Fipa (Festival international des programmes audiovisuels) avec des hommages aux grands noms de la réalisation ou de la production télévisuelle comme Jean-Christophe Averty, Marcel Bluwal, Claude Guisard [1], Michel Mitrani…, ou aux Rencontres internationales de télévision de Reims ou l’Ina propose des rétrospectives d’œuvres du patrimoine en échos aux thèmes abordés par le festival. Elles jouent sur le dialogue entre création contemporaine  et  mémoire.

Ces programmations mettent en valeur la télévision en tant que telle. Elles privilégient « les grandes œuvres » — fiction ou documentaires —, les signatures d’auteurs, ou elles approfondissent des thématiques, comme la musique filmée à la Biennale « Classique en images » à l’Auditorium du Louvre, ou « Psychiatrie et télévision » au Centre Pompidou.

Le Centre Pompidou, avec qui l’Ina entretien des relations de partenariat depuis sa création a accueilli, à l’occasion de sa réouverture en 1999 des « Rendez-vous de l’Ina », programmés trois fois par semaine pendant un an sur les thèmes aussi variés que l’amour, les années 1960 ou la guerre d’Algérie.

Rapidement, il s’avère que cette fonction de représentation, hors antenne, est nécessaire mais pas suffisante et que l’on peut aller plus loin en éditorialisant ces programmes par la mise en jeu et la confrontation avec des réflexions plus contemporaines portées par des représentants d’autres disciplines artistiques.

 

La mémoire

 

Le premier mouvement est la création par les collectivités régionales qui veulent  positionner  leur ville comme lieu de culture, de vidéothèques thématiques afin de proposer au public toute la mémoire d’un sujet rassemblée dans un même espace : Paris pour le Forum des Images, l’art lyrique pour la Vidéothèque d’Aix en Provence, Vilar à la Maison Jean Vilar à Avignon. Les collections qui enrichissent ces vidéothèques sont constituées pour une large part de programmes dont les droits ont été cédés par l’Ina pour consultation dans leurs emprises.

Le temps de la mémoire, devenu de façon peut-être un peu abusive un « devoir de mémoire », et sans vouloir prendre le pas sur l’histoire, a pris une place prépondérante à l’occasion des célébrations nationales et régionales.

L’Ina, conscient que ses archives apportent une contribution essentielle à ces regards rétrospectifs, s’inscrit dans les événements mémoriels. Ainsi, en 2012, lors de la commémoration de la signature des accords d’Évian mettant fin à la guerre d’Algérie, le même corpus de documents télévisuels et radiophoniques mis à la disposition des différents acteurs (musée de l’Armée, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, programmation en Algérie…) a permis, à l’aulne des avancées de la recherche historique sur le sujet, une lecture moins univoque du passé, un regard critique sur ces événements. Ils ont pris ainsi une valeur pédagogique rendue nécessaire par le renouvellement des générations.

Ce sera également le cas pour la Libération de Paris en août 2014 et pour le Centenaire de la Première guerre mondiale qui sera décliné jusqu’en 2018.

La musique et la littérature ne sont pas en reste. 2014 sera l’occasion de revisiter l’œuvre musicale de Jean-Philippe Rameau par exemple, et celle de Marguerite Duras. Les archives de l’Ina : un barrage contre l’oubli pour retrouver Duras écrivain, Duras cinéaste, Duras intervieweuse.

 

La réflexion

 

Parallèlement au déploiement des manifestations, la création dans les années 1980, d’un service de l’Action Hors Antenne , rattaché à la Direction des Archives, a permis à l’Ina de constituer un catalogue de programmes de « 700 titres. La télévision française de 1959 à 1981 ») en location, et de créer une téléthèque pour en assurer la gestion. C’est la première clé proposée par l’Ina pour ouvrir l’accès des archives télévisuelles au monde scolaire et aux bibliothèques. C’est l’époque de la VHS.

Cette téléthèque s’est ensuite transformée et étoffée pour devenir la première vidéothèque pour l’enseignement avec la constitution des collections « Voir et savoir », « Voir et savoir universités », destinées aux enseignements des Sciences humaines du premier et second cycles universitaires, et « Voir et Lire », sur la littérature et la pensée contemporaine.  Ces collections sont subventionnées par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, ou par le ministère de la Culture, direction du Livre et de la Lecture, qui sont également associés à la sélection des programmes. Elles sont  diffusées par des distributeurs institutionnels  tels que l’Adav (Ateliers diffusion audiovisuelle, la première centrale d'achat de films sur supports vidéo réservée aux secteurs culturels et éducatifs non-commerciaux).

La disparition du support VHS a rendu caduc ce mode de diffusion et l’Ina a été amené à inventer de nouvelles propositions de mises à disposition de documents d’archives.

Aujourd’hui, grâce au numérique, le Service de l’action culturelle et éducative (Sace) de l’Ina renouvelle et développe ses propositions d’intégration de l’image et du son dans les pratiques pédagogiques.

L’éducation aux médias est proposée sous forme d’offres d’archives éditorialisées accessibles sur Internet ou par des plateformes VOD (vidéo à la demande).

« Jalons pour l’histoire du temps présent », dispositif pédagogique en ligne destiné aux établissements scolaires et aux médiathèques sur abonnement, a pu voir le jour grâce au ministère de l’Éducation nationale, qui a financé le développement réalisé par le Studio Hypermedia de l’Ina et la sélection des sujets en 2004.

Cette offre est enrichie chaque année de vidéos nouvelles pour proposer à ce jour 1 800 documents, accompagnés de notes de contexte rédigées par des enseignants et d’outils de navigation qui permettent des usages interactifs. Des parcours pédagogiques sont également à disposition des enseignants pour alimenter leurs cours.

Plusieurs collectivités territoriales (Conseils généraux des Landes, du Gers, Conseil régional de Picardie, de Provence Alpes Côte d’Azur) et de nombreuses académies ont abonnés leurs établissements à Jalons. Depuis novembre 2006, une version » découverte » est accessible librement sur le site Ina.fr [2].

Ce dispositif, créé initialement pour les professeurs d’histoire et géographie, devient maintenant un outil pédagogique pour l’enseignement d’autres disciplines telles que l’histoire des arts, la littérature, mais également pour l’enseignement du français à l’étranger à travers la création de nouveaux parcours pédagogiques Français langue étrangères (FLE). Une vingtaine de parcours ont été réalisés avec les Instituts français de Londres et de Madrid.

Autre usage en classe de l’archive, rendu possible grâce au numérique : les éditeurs multimédias de manuels scolaires numériques (Belin, Nathan, Hatier, Didier, Magnard, Bordas, Hachette) achètent maintenant régulièrement des archives. En 2011, plus d’une trentaine d’ouvrages ont été produits pour toutes les disciplines et pour tous les niveaux, du primaire à la classe de première.

Culture et éducation se conjuguent également dans le cadre d’une collaboration tissée depuis plusieurs années avec les services pédagogiques des musées (Mémorial de la Shoah, Mémorial Charles de Gaulle, Mémorial de Caen), par l’animation d’ateliers pédagogiques organisées par les Rendez-vous de l’histoire de Blois ou le Festival international du film d’art à Fontainebleau.

 

La création

 

À côté de sa participation aux circuits culturels ou éducatifs classiques, l’Ina développe à partir des années 2000 une nouvelle ligne éditoriale qui donne une nouvelle vie aux archives et modifie le regard que nous portons sur ce matériau, qui devient objet de création artistique.

Depuis 2004, le service culturel de l’Ina  développe cette nouvelle ligne éditoriale en proposant des collaborations à des  créateurs contemporains (plasticiens, metteurs en scène, écrivains), comme des invitations à des voyages au centre du patrimoine audiovisuel pour nourrir leurs géographies imaginaires.

L’archive devient ainsi le matériau même de la création artistique, comme ce fut le cas avec  Christian Boltanski, plasticien de renommée internationale, dont les œuvres et expositions intègrent très souvent l’image dans une perspective de mémoire, d’inventaire,  de commémoration. À partir d’un corpus d’archives d’actualités diffusées tous les 6 septembre de 1944 à 2004, il a imaginé une installation baptisée « 6 septembres », date de son anniversaire. Boltanski offre au spectateur/joueur la possibilité de fixer de façon aléatoire des images dont la diffusion lui est proposée dans un flux d’actualités accéléré à grande vitesse.

Ce fut aussi l’accueil en résidence à l’Ina de l’écrivain Pierre Senges, pour qui l’écriture est aussi un art de la mémoire recomposée [3]. Le dispositif qui lui a été proposé était simple : l’Ina lui a livré un corpus d’archives muettes, autour du thème de l’eau, à lui d’en écrire l’histoire ou les histoires. La création finale donne lieu à une « conférence » d’un genre inédit où l’on décrypte à travers son texte que l’on peut faire tout dire aux images. Pendant la durée de la résidence Pierre Senges s’est immergé, sans se noyer bien sûr, dans le monde des archives et dans l’environnement qui assure leur sauvegarde, leur numérisation et leur restitution, et en a rendu compte au fil des mois dans un blog édité sur le site Remue.net.

Si la télévision est l’art du dispositif, pourquoi ne pas imaginer des dispositifs culturels de valorisation des images, ouvrant la voie à une autre forme d’échanges entre archives et création ?

Ainsi, une fois par mois, depuis 2009, au Petit Palais de Paris, le Sace et La Maison des écrivains et de la littérature posent la question à un écrivain : « Entendez-voir, la littérature est-elle soluble dans la télévision ? ». L’idée est de confronter une parole écrite, sous forme de commentaire, à des images d’archives qui revisitent des moments littéraires du petit écran, chaque auteur invité étant confronté à l’un des ses grands anciens.

 La réponse est différente et passionnante à chaque séance : entre exercices d’admiration, réminiscences, regard critique, ces rencontres apportent un éclairage intime chaque fois renouvelé sur la littérature et sa mise en image.

Comme chaque année, dans le cadre des Assises du roman, organisées en mai à Lyon par la Villa Gillet et Le Monde, un auteur contemporain de renommée internationale est invité à avoir une « Petite conversation avec des revenants », revenants dont l’Ina conserve la parole et la présence. Un partage de réflexions, d’interrogations, d’analyses, un éclairage intime sur des thèmes propres à la littérature et à la vie même. Adam Thirlwell, Dany Laferrière, Susan Byatt, Alberto Manguel, Douglas Kennedy, Pierre Bergounioux ont tous accepté de jouer le jeu et de se confronter à Sagan, Mauriac, Duras, Bauchau, Bukowsky et à tant d’autres auteurs, même à Céleste Albaret la fidèle servante de Proust racontant l’agonie de l’écrivain après qu’il eut posé le mot fin à son œuvre monumentale. En 2014, Marie Despléchin dialogue avec Gabriel Garcia Marquez, Julien Green, Clara Malraux, Louis Guilloux, Antoine Blondin….

Certaines expositions apportent également une valeur ajoutée à nos documents comme ce fut le cas avec l’exposition que le Centre Pompidou a consacré à Salvador Dali en 2012. Seul l’Ina a conservé la trace des performances effectuées par Dali en direct à la télévision, performances qui sont partie intégrante de son œuvre. L’archive n’est plus ici une simple illustration ou un appoint, mais un élément constitutif essentiel de l’exposition.

Ces expériences sont passionnantes, car elles permettent une métamorphose imprévisible et sans fin des archives à travers le regard de ceux qui les créent comme de ceux qui les reçoivent.

 

Une politique de partenariats

 

Ces formes diverses de valorisation culturelles et éducatives, exposées dans cet article, rencontrent le public dans le cadre d’une politique de partenariats avec les grandes institutions culturelles et éducatives (musées, ministères, collectivités territoriales, festivals, sociétés d’auteurs, structures culturelles).

Toutefois, la notion de partenariat est à préciser et à accepter en regard de la valeur des archives. Partenariat ne veut pas dire gratuité (ce qui dévaloriserait les contenus) en échange d’un peu de communication. L’Ina s’engage dans un partenariat après avoir évalué un certain nombre de critères, comme l’intérêt et la force du projet, l’approche renouvelée d’un sujet, les publics auxquels l’on s’adresse, le regard nouveau porté sur les archives et leur place dans le dispositif, l’économie générale du projet, la valeur ajoutée que l’Ina peut apporter en terme d’expertise et de savoir-faire à la conception du projet, le respect du droits des différents ayants droit devant qui l’Ina est garant de l’exploitation de leurs œuvres,  etc.

 

De la rétrospective à la prospective

 

Aujourd’hui, la vitalité de la demande et les nouvelles ambitions de l’Ina, portées tant par le Sace que par nos six délégations régionales basées à Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse et Rennes, font que découverte, mémoire, réflexion et création se conjuguent  et s’inscrivent dans la politique culturelle nationale.

Une présence à l’international est actuellement en plein essor. L’Ina porte alors des valeurs, valeurs de la diplomatie culturelle mais valeur patrimoniale des documents audiovisuels pour tous les publics. Suivant les pays, les archives circulent dans les festivals et les musées étrangers et servent de sources pour les travaux des chercheurs étrangers, comme cela va être le cas en Corée du Sud. Ce pays qui n’a jamais constitué sa propre mémoire audiovisuelle va acquérir auprès de l’Ina un grand nombre d’archives sur son histoire qui seront conservées à l’Université de Séoul à des fins de recherche.

L’appel aux archives est devenu incontournable pour tout projet culturel ou éducatif qui se monte, qu’il s’agisse du soutien à la création, de l’ouverture à l’enseignement artistique, du développement culturel des territoires, avec la création de nouveaux musées et la floraison de festivals. Les nouveaux modes de diffusion numériques permettent d’imaginer des offres multimédias sur mesure, comme des fresques numériques, des expositions numériques multimédias et multilingues, des applications mobiles. Ils touchent des publics plus variés, aux pratiques culturelles moins traditionnelles et moins  « intimidantes ». Des projets de géolocalisation, permettent également aux archives de devenir un support de développement touristique et économique pour les territoires.

Au moment où l’accélération du temps, par l’accélération des techniques, crée une pression sur les individus, les archives, comme une machine à explorer le temps, permettent de réinterroger les notions d’événementiel, de durée, de permanence et de mémoire.

 

Sylvie Richard, chef du Service de l’action culturelle et éducative de l’Ina, mai 2014



[1] Claude Guisard fut notamment le directeurs de Programmes de création et de recherche de l’Ina de 1975 à 1999.

[3] Sur cette expérience, voir l’entretien avec Pierre Senges dans ce numéro des E-Dossiers de l’audiovisuel.