L’Ina adapte ses offres documentaires aux usages des archives

Par Anne Couteux, chef de projet en ingénierie documentaire, direction des Collections de l’Ina, et Jeannette Pichon, chef de projet en ingénierie documentaire, direction des Collections de l’Ina

originalDiplômée de l’INTD (Institut national des techniques Documentaires), Anne Couteux rejoint l’Ina en 1994, comme documentaliste dans le service en charge du Dépôt Légal de la radio et de la télévision, puis, en 2005, dans le service chargé des archives professionnelles. Depuis 2010, elle est chef de projet en ingénierie documentaire au service Projets, Méthodes, Qualité de la Direction des Collections de l’Ina — service en charge du suivi, de l’évolution et de la qualité des référentiels documentaires utilisés pour décrire les archives multimédias de l’Ina. Ce service assure également une veille sur l’évolution des normes françaises et internationales de description des archives audiovisuelles. Depuis 1997, elle assure des formations aux techniques documentaires au sein d’Ina EXPERT : diplôme Ina de « Documentaliste multimédia », Balkans’ Memory, Vietnam Film Institute, télévision algérienne (EPTV). Depuis 2011, elle coordonne l’UE « Politiques et Stratégies documentaires » du diplôme Ina grade master « Gestion de patrimoines audiovisuels ».

 

originalAprès avoir été documentaliste aux archives de l’Ina de 1978 à 1993, Jeannette Pichon a été responsable des méthodes et des référentiels documentaires à l’Inathèque (secteur de dépôt légal de l’Ina) à partir de 1993 (préfiguration). Aujourd’hui, elle reste à la tête de ce secteur qui est désormais rattaché au service Projets, Méthodes, Qualité au sein de la direction déléguée aux Collections. Il est en charge de l’harmonisation des méthodes documentaires et de la gestion des référentiels pour l’ensemble de l’Ina ainsi que de la représentation de l’Institut dans les instances normatives. Il collabore également avec le service de la recherche et d’autres partenaires de l’Ina. Elle a participé à nombre de formations de documentalistes au sein de l’Ina comme à l’extérieur, notamment pour le « Diplôme Ina « Documentaliste multimédia », et elle a mis en place la première version l’UE « Politiques et Stratégies documentaires » du diplôme Ina grade master « Gestion de patrimoines audiovisuels ».

_______________________________

L’Institut national de l’audiovisuel (Ina) est l’un des plus grands organismes de conservation de documents audiovisuel au monde. Cela représente des millions d’images et de sons, issus de chaînes de télévision et de radio publiques depuis les débuts de ces médias. Ces fonds ne cessent de s’enrichir, notamment depuis l’attribution de la responsabilité du dépôt légal de la radio-télévision puis des médias audiovisuels sur le Web. Utilisées pendant longtemps essentiellement par des professionnels de l’audiovisuel, ces archives sont de plus en plus valorisées auprès de multiples publics et sous de multiples formes. Pour ce faire, il faut une méthodologie, des outils documentaires et des personnels performants, qui doivent s’adapter en permanence aux nouveaux usages des archives. Anne Couteux et Jeannette Pichon, spécialistes de l’ingénierie documentaire au sein de la direction des Collections de l’Ina, décrivent comment œuvrent les artisans de la documentation qui mettent en valeur les archives.

_______________________________

 

L’Ina, gardien du patrimoine audiovisuel français


L'Institut national de l’audiovisuel (Ina [1]) collecte et documente des fonds variés : les programmes de la radio-télévision publique depuis l’origine de ces médias, les contenus collectés au titre du dépôt légal de la radio-télévision depuis 1995 et, depuis 2011, au titre du dépôt légal du Web, ceux de plus de 13 000 sites web médias, ainsi que des fonds confiés en mandats commerciaux par des partenaires extérieurs, diffuseurs ou non, des fonds reçus en mandats patrimoniaux (donation ou en dépôt) par des institutions ou particuliers [2], et des sources écrites. L'ensemble représente près de 28 millions de notices descriptives et plus de 5 millions d'heures de programmes sans oublier les milliards de pages web préservées.

Tous ces fonds sont identifiés dans les bases de données de l'Ina. Ils sont décrits plus ou moins finement (descripteurs, génériques, résumés, liste des œuvres interprétées, etc.). Les choix de description sont basés sur les fonctionnalités des outils utilisés au fil du temps mais aussi, depuis le début des années 1990, sur des choix raisonnés liés aux attentes des usagers. Les méthodologies sont régulièrement enrichies et formalisées dans des outils d’aide en ligne pour les personnels documentaires.

L'offre de l'Ina est vaste et s’adresse à des publics variés, grand public, professionnels de l’audiovisuel et du monde de la culture, chercheurs, éducateurs... Elle passe par la mise à disposition de programmes en ligne, la recherche (procédures de recherche — simple, avancée — et / ou possibilité de faire des recherches sur toutes les données), les fresques thématiques interactives [3], etc. Pour alimenter cette offre, la description des programmes est centrale. Elle est l'objet d'une politique documentaire affinée, basée sur des outils permettant aussi bien la description que la segmentation des programmes, la constitution de corpus thématiques, etc.

La gestion et la description des fonds sont assurées  par des secteurs différents en fonction des usages, professionnel d’une part, patrimonial de l’autre. Mais il existe bon nombre de passerelles. Non seulement des notices documentaires circulent entre eux, mais les documentalistes et les catalogueurs utilisent nombre d'outils communs ou proches, en particulier des référentiels. Le plus connu est le thesaurus. Riche de plusieurs dizaines de milliers de termes, Il sert à gérer les noms propres figurant aux génériques et les descripteurs.

 

Les archives destinées aux professionnels de l’audiovisuel

 

 Une offre thématique ancienne

Il est courant de penser que la valorisation des archives de l’Ina auprès des professionnels de l’audiovisuel a vu le jour avec la numérisation des fonds. Or, comme le souligne Corinne Caporiondo-Prost, chef du Service valorisation des Fonds Ina, cette activité est apparue bien avant, si l’on considère les premiers « bout-à-bouts » d’archives thématiques des années 1980, les premiers catalogues (le catalogue « 700 titres – 16 thèmes. La télévision française de 1959 à 1981 »), les catalogues de collections (catalogue des émissions scientifiques, par exemple), les rétrospectives chronologiques sur un thème donné (Georges Pompidou en campagne, Barbara…). Ce sont les premières offres de contenu pensées pour amorcer le rapprochement entre les professionnels de l’audiovisuel et le patrimoine audiovisuel. Ces offres sont conçues en capitalisant les demandes des « clients » (les chaînes, les producteurs) et les extraits recopiés pour eux.

À partir des années 1990, la démarche a plutôt consisté à définir et prendre en compte les besoins des clients pour mieux anticiper leurs demandes. C’est l’apparition de Ina news (1994 – 1997), newsletter avant l’heure, adressée au client accompagnée d’une cassette VHS d’extraits thématiques time codés classés par thèmes. Le client visionne chez lui et, le cas échéant, demande une recopie qu’il reçoit le jour même.

Puis, ce furent les premiers extraits numérisés (extraits dits Batman, du nom d’un robot mis au point au sein de l’Ina à la fin des années 1990) : les images les plus fréquemment commandées par les clients étaient numérisées, rattachées à une notice documentaire et classées par sujets. Ce sont les prémices des dossiers thématiques élaborés depuis le début des années 2000, qui ont permis de structurer les fonds.

Depuis, la numérisation systématique des fonds entamée en 1999 a eu pour conséquence la diversification des usages et des publics. Parallèlement, l’Ina a ouvert ses collections à de nouveaux fonds d’archives. Autant d’éléments qui ont eu pour effet de faire évoluer les choix et politiques documentaires des services concernés par la description et la valorisation des fonds.

Parmi les nouveaux usages, le plus significatif est l'ouverture des bases documentaires en ligne, aux professionnels de l’audiovisuel d’abord (InaMédiaPro, 2004 [4]), puis au grand public (Ina.fr, 2006 [5]).

 

             original                           original

Capture d’écran InaMédiapro © Ina.                    Capture d’écran Ina.fr © Ina.

 

Les recherches dans les bases de données de l’Ina, effectuées jusque-là par les documentalistes, sont désormais faites par le client/usager lui-même. Il recherche les images et les sons qu’il souhaite voir/écouter. La description qui en est faite dans les notices documentaires doit par conséquent être pertinente, cohérente et lisible. L’accès au média est facilité par la segmentation des fichiers numériques. Le document visionné pointe directement sur la partie du fichier qui est décrite dans la notice documentaire et qui intéresse le client.

Pour ce qui est du public, les professionnels de l’audiovisuel ne sont plus les seuls à pouvoir accéder aux fonds de l’Ina, le grand public, les professionnels de l’éducation, de la culture… découvrent également les fonds d’archives via les sites internet, mais également à travers les fresques interactives, les éditions Ina (CD, DVD…) [6], la télévision connectée [7]

Les archives de l’Ina constituées historiquement des seuls fonds radio et télévision du service public sont aujourd’hui enrichies grâce à la signature de partenariats avec d’autres organismes détenteurs d’archives audiovisuelles tels, par exemple, que Roland Garros, les 24 Heures du Mans, ASO (Amaury Sport Organisation, Tour de France), TF1, l’AFP (Agence France-Presse), le CIO (Comité international Olympique), les fédérations sportives…. Cet enrichissement garantit une offre élargie et sans cesse renouvelée.

 original

Capture d’écran InaMédiapro : quelques offres dans le domaine du sport © Ina.

 

Cette multiplication des usages, des publics et des fonds — conjointement aux développements des technologiques du numérique — a été l’occasion pour le service de valorisation documentaire de l’Ina de repositionner son activité sur le traitement documentaire pour l’adapter aux nouveaux besoins.

 Une politique documentaire affinée pour tous publics

Aujourd’hui, la politique documentaire définie à l’Ina pour valoriser les archives auprès des professionnels et du grand public et répondre aux multiples usages qui se sont développés repose sur la structuration des fonds, la sélection d’émissions intégrales, la création d’extraits, la segmentation des fichiers et sur des choix de description documentaire adaptés.

La structuration des fonds résulte de plusieurs opérations : d’abord, l’organisation des documents en corpus multimédias (vidéo, radio, photo) portant sur des thèmes ou des personnalités permet la structuration des fonds en thématiques et sous-thématiques. Aujourd’hui, on en compte plus de 500. Les documents, regroupés dans un même dossier, traitent un aspect d’une thématique (par exemple : « les causes du réchauffement climatique » dans le corpus consacré au « réchauffement climatique ») ou d’une personnalité (« Agnès Varda et la photographie » dans le corpus « Agnès Varda »).

original 

Corpus thématique « Réchauffement climatique » © Ina.

 

original

 

Corpus Personnalité « Agnès Varda » © Ina.

 

Cette arborescence de dossiers s’est enrichie d’une branche permettant de cartographier les collections d’émissions télévisées et radiophoniques les plus significatives présentes dans les fonds de l’Ina.

 

large

Corpus thématique « Télévision » © Ina.

 

Cette organisation facilite l’accès et la valorisation des fonds en offrant la possibilité de constituer rapidement une offre de contenu thématique adaptée à la demande des clients ou des partenaires internes à l'Ina, la direction des Contenus pour les éditions son et vidéo, les cessions d'extraits et les fresques réalisées par le Studio hypermédia, et la direction de la Communication de l’entreprise. Parmi les exemples, citons la « Distinction numérique », ensemble de documents audiovisuels concernant une personnalité médiatique qui lui est remis à l’occasion d’un événement exceptionnel [8].

Ensuite, la sélection de documents et la création d’extraits dans les bases de données visent à mettre en avant les documents les plus riches (informatifs), les plus rares et de bonne qualité technique. Ces opérations ont lieu en amont d’événements (par exemple : commémorations de la première guerre mondiale) ou en aval, en capitalisant les recherches documentaires effectuées dans le cadre d’une commande de la part d’un client (exemple : le corpus « Publicité télévisée » réalisé à l’occasion d’une commande faite lors de l’arrêt de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques). Elles servent à enrichir les corpus existants, à structurer les fonds et à faciliter leur accès sans recherche documentaire complexe. Les extraits sont de trois types : thématique, prestation artistique (interprétations) et éditorialisé (pour une diffusion sur Ina.fr).

Enfin, la segmentation est une opération systématique dès lors qu’un document est sélectionné pour être décrit ou communiqué. Elle permet un accès immédiat aux séquences d’images ou de sons recherchées. Cette opération consiste à « poser » un time code début et un time code fin dans le fichier numérique, afin de pointer directement la séquence qui va être visionnée ou écoutée. Elle facilite la consultation et permet un accès rapide pour les clients, qu’ils soient externes ou internes à l’Ina. Les documentalistes disposent d’un outil performant pour toutes ces opérations : l’application Totem.

original
Segmentation d’un extrait vidéo dans l’application Totem
© Ina.

 

Autre choix documentaire essentiel pour la valorisation des archives audiovisuelles : le travail de description documentaire de fonds anciens de l’ORTF (Office de radiodiffusion télévision française), peu décrits jusqu’alors. Simplement identifiées lors de leur versement à l’Ina dans les années 1970-1980, ces collections aujourd’hui numérisées sont sélectionnées pour être visionnées/écoutées et faire l’objet d’une description plus détaillée. Numérisés, segmentés et davantage décrits, ces programmes ont toute chance d’être valorisés auprès des professionnels qui souhaiteraient en réutiliser des extraits.

Enfin, la valorisation des archives de l’Ina passe inévitablement par l’éditorialisation, la mise en contexte du document par rapport à un événement ou une personnalité donnés. Ce travail de contextualisation — réalisé conjointement par le secteur valorisation de la direction des Collections et le service dédié à Ina.fr et aux fresques en ligne à la direction des Contenus (le Studio hypermédia) — donne sens aux archives, en éclairant le propos qu’elles véhiculent.

 Des pratiques documentaires en évolution

Avec la numérisation et la mise en ligne des collections, le service en charge des archives professionnelles a vu son activité progressivement évoluer. L’ouverture des bases de données aux utilisateurs a eu pour effet de réduire le service au client, qui effectue désormais lui-même ses recherches, sélectionne les séquences qui l’intéressent et passe commande en ligne. Petit à petit, l’activité du service s’est davantage tournée vers la valorisation des fonds (elle a d’ailleurs donné son nom à un service, le Service Valorisation des fonds Ina), avec comme objectif de préparer les collections pour permettre leur mise en ligne, leur intégration dans des offres de contenus et l’anticipation des demandes des clients en s’appuyant, entre autres, sur une éphéméride des événements à venir.

Parallèlement à cela, s’est développé à l’Ina un travail visant à la qualité des notices descriptives des programmes. L’objectif est de mettre en ligne des notices documentaires répondant aux normes de description, lisibles et compréhensibles de tous. De nouvelles règles d’écriture sont apparues, comme la suppression des abréviations et du jargon interne au profit de résumés rigoureusement rédigés. Un prestataire, la société Reverso Softissimo, est chargée d’un travail de réécriture des notices en typographie riche chaque fois que nécessaire et de réindexation des notions décrites en langage libre par des partenaires extérieurs (France 3 Régions en particulier). S’ajoute à cela un contrôle qualité sur les liens entre notices documentaires et matériels associés. Ce travail est réalisé par une équipe dédiée composée de techniciens de gestion de collections multimédia (TGCM) et de documentalistes de l’Ina. La présentation du document doit être complète et fiable quelques soient les publics visés et cela quelques soient les publics visés, les professionnels sur le site InaMédiapro, tout comme le grand public sur Ina.fr et les chaînes sur Dailymotion ou YouTube.

original 
Exemple de correction typographique effectuée par le prestataire Reverso Softissimo pour une meilleure lisibilité des notices © Ina.

 

 Des outils maison adaptés

Pour « travailler » les archives, les structurer, les visionner, les décrire, les rechercher, les classer en dossiers, les exporter, les segmenter… l’Ina s’est doté en 2003 de Totem, une application de production et de recherche documentaire qui permet toutes les activités liées à la valorisation des fonds.

Le travail s’appuie également sur un ensemble de référentiels, notamment un thesaurus (vocabulaire contrôlé d’indexation) et une méthodologie accessible en ligne pour l’ensemble des personnels de la chaîne documentaire. En complément de ces outils ajoutons l’existence d’une base de connaissance des fonds qui est un outil de valorisation en lui-même utile au travail documentaire pour sa richesse sur l’histoire des fonds radiophoniques et télévisuels.

. Des compétences multiples

Enfin, ces nouvelles activités de valorisation des fonds ont nécessité de la part des personnels qui les cataloguent et les décrivent qu’ils portent sur l’archive un regard plus sélectif, qu’ils s’ouvrent au traitement de nouveaux fonds tels que les mandats (Cuba, Rapido, Rwanda…), qu’ils soient sensibilisés aux questions juridiques, aux nouveaux usages de l’archive, aux nouveaux modes de communication dans un environnement numérique (outils du Web 2.0).

Pour répondre à l’objectif d’anticipation de la demande, les personnels documentaires sont par ailleurs devenus force de proposition pour la constitution de corpus thématiques et pour l’élaboration d’outils comme, par exemple, l’éphéméride Ina accessible en ligne. Plus globalement, ils ont enrichi et approfondi leur connaissance des fonds de l’Ina et développé de nouvelles compétences pour les valoriser auprès d’un public plus large.

 

Les fonds patrimoniaux

 

 Des fonds exhaustifs sur les médias audiovisuels

Les fonds patrimoniaux recouvrent l’intégralité des programmes de radio, de télévision et les contenus du web média collectés au titre du dépôt légal. Ils sont ouverts en consultation dans les emprises de l’Ina THÈQUE [9] dans le cadre de recherches scientifiques, mais les notices documentaires sont également en libre accès sur Internet via le catalogue bibliographique. Les recherches sur les médias audiovisuels mobilisent essentiellement des chercheurs en sciences humaines et sociales, infocom, sociologie ou encore sémiologie [10]. Les fonds patrimoniaux sont également des sources pour des réalisateurs, des journalistes, des écrivains, des artistes à la recherche d'informations pour monter un projet.

À l'origine, le champ couvert était les sept chaînes de télévision hertziennes à diffusion nationale et les cinq chaînes de Radio France. À partir de 2001, la collecte s’étend progressivement aux chaînes de télévision du câble, du satellite, de la TNT (télévision numérique terrestre), aux stations régionales de France 3, ainsi qu’aux radios privées, généralistes ou thématiques. Pour sortir d'une vision trop hexagonale, trois chaînes d’information internationales, BBC World, CNN International, Al Jazeera font l’objet depuis 2006 d’une captation hors dépôt légal. Aujourd'hui, les programmes de plus de 100 chaînes de télévision et 20 chaînes de radio sont captés quotidiennement.

Des fonds complémentaires déposés par des institutions ou des particuliers enrichissent cette offre. On peut citer les collections de messages publicitaires diffusés dès la fin des années 1960 à la télévision, des archives de manifestations culturelles (Festival international de films de femmes de Créteil), des fonds « théâtre » et de spectacle vivant (théâtres nationaux de Chaillot, Odéon, l’Opéra de Paris...).

Depuis quelques mois, le dépôt légal du Web concerne également les tweets spécialisés dans les médias.

Une base de documentation écrite permet de compléter la compréhension du flux audiovisuel. Elle contient les documents versés par les diffuseurs, des monographies et périodiques spécialisés portant sur l’environnement et l’analyse des médias, une littérature grise (rapports, thèses, mémoires), et des fonds d'archives écrites déposés par des professionnels des médias et des institutions.

. Une politique et des pratiques documentaires à l'écoute des usagers

La description de ces fonds a fait l'objet d'une large concertation avec des universitaires dès 1995 afin de répondre à leurs attentes. Cette concertation a également porté sur l'interface de recherche des bases de données et sur les outils de visionnage, segmentation et annotation des documents audiovisuels.

Les principes qui sous-tendent le traitement documentaire relèvent de quelques grandes règles. Il s'agit d'abord d'identifier l'intégralité du flux plutôt que de traiter uniquement les programmes relevant du dépôt légal, c'est-à-dire les programmes en première diffusion depuis 1995 comportant une part de production française. Ce choix n'est pas trivial. Il implique d'identifier et de décrire tous les documents, de repérer et de signaler les rediffusions, de représenter la structure des programmes et les modes d'imbrication qui peuvent exister entre eux. Par exemple, le journal télévisé de début de soirée de France 3 est intégré dans le 19 / 20, il est encadré par des écrans publicitaires et des bandes-annonces, il est précédé de l'édition régionale, il est composé de sujets, etc. Tous ces objets doivent être identifiés et liés entre eux.

Le traitement documentaire, au-delà de l'identification, concerne uniquement les programmes soumis au dépôt légal. Ces programmes font l'objet d'un traitement différencié en fonction des genres. Les journaux, les documentaires, les grands magazines sont ainsi décrits plus précisément en raison de la richesse de l’information qu’ils apportent que les programmes de flux, les jeux, les émissions de plateau aux contenus formatés et répétitifs. Des notices spécialisées sont consacrées aux collections, aux chaînes et aux fonds. Une notice collection expliquera aux usagers la politique de diffusion ou de multidiffusion de cette collection sur l'ensemble des chaînes, ainsi que toutes ses caractéristiques récurrentes (dispositifs scéniques, déroulement chronologiques, personnages, etc.).

Le traitement documentaire en lui-même se veut généraliste afin de ne pas influencer le regard de l’usager. La valeur ajoutée de l'Ina passe par deux biais :

- l'utilisation de sources d'information variées provenant des diffuseurs ou autres organismes. Comme il est essentiel de veiller à la mise en cohérence de l'ensemble, un important travail de normalisation est mis en œuvre pour rapprocher ces données des normes documentaires en vigueur à l'Ina. Sans négliger l'aspect économique (décrire les programmes de plus de 100 chaînes 24 heures sur 24 est coûteux), cette recherche de données a surtout pour objectif d'ajouter aux descriptifs documentaires des points de vue différents sur les programmes, comme les taux d'audience de Médiamétrie, les résumés promotionnels fournis par les diffuseurs, les genres et les synopsis de Plurimédia, une agence de presse spécialisée dans les contenus audiovisuels, le sous-titrage des programmes, etc. ;

- l'établissement de règles strictes de description documentaire en particulier pour le catalogage, le choix des descripteurs, la rédaction des résumés.

Ces choix ont été adaptés pour le traitement des fonds patrimoniaux déposés par des institutions ou des particuliers.

Les documentalistes et catalogueurs en charge de ce travail ont à leur disposition des outils d'aide : une aide méthodologique en ligne, une base de fiches de traitement type pour chaque collection, des listes de descripteurs associés à chaque événement, etc. Des documentalistes et catalogueurs "ressources" sont chargés de la veille documentaire sur l'évolution de la programmation des chaînes et l'apparition de nouvelles collections.

 Des usages variés

La valorisation de l’ensemble des fonds de l’Ina (patrimoniaux et professionnels) réside, pour une part, dans les fonctionnalités des outils proposés aux usagers de l'Ina THÉQUE.

Dans les centres de consultation de l’Ina THÈQUE à Paris (site de la BnF, Bibliothèque nationale de France, site Mitterrand) et dans les délégations régionales [11], l'usager dispose d'un environnement personnalisé sur une station de lecture audiovisuelle (Slav). Il peut conserver le résultat de ses recherches dans un espace serveur dédié et l’exporter via la gravure d’un CD. La Slav propose un accès à toutes les bases de données de l'Ina, un outil de lecture, de segmentation et d'annotation des documents audiovisuels (Médiascope), un outil d’aide méthodologique à la constitution et analyse de corpus de notices extraits des bases (Médiacorpus), ainsi que d'outils bureautiques classiques.

Tous les usagers bénéficient d'un accompagnement technique et documentaire. Des guides thématiques permettant la compréhension des fonds sont proposés.

 

original

Capture d’un écran de Médiascope, outil de lecture, de segmentation et d'annotation des documents audiovisuels © Ina.

 

Dans les autres sites de consultation [12] — hors emprises Ina — comme les médiathèques ou bibliothèques municipales à vocation régionale, les usagers se connectent à un poste de consultation multimédia (PCM). Ce poste propose une interface de consultation simplifiée conçue pour un accès décentralisé en autonomie. Il permet d'interroger l'ensemble des bases de l'Ina, audio, vidéo, textes, sites web, de visionner et d'écouter les documents numérisés disponibles sur serveurs, de consulter la documentation diffuseur associée aux programmes. Il peut conserver ses résultats de recherches en format PDF.

 original

Écran d’accueil du poste de consultation multimédia (PCM), dédié aux sites de consultation hors emprises de l’Ina © Ina.

 original

Écran de recherche du poste de consultation multimédia (PCM), dédié aux sites de consultation hors emprises de l’Ina © Ina.

 

Mais les usages de ces fonds ne s’arrêtent pas à leur consultation. Les messages publicitaires collectés depuis les origines de la publicité télévisée alimentent Ina.fr. Les descripteurs des notices d'actualité sont à l'origine d'Ina STAT, le baromètre thématique des JT [13]. Ina STAT, outil de suivi statistique de l’information télévisée, propose un ensemble d’indicateurs quantitatifs sur le contenu des journaux télévisés diffusés par les six chaînes nationales hertziennes. Les données d’identification des fonds servent à d’autres institutions comme Copie France pour la gestion des droits des auteurs des programmes. Elles sont enfin utilisées pour des programmes de recherches menées par l’Ina comme OTmédia. Ce projet, acronyme de Observatoire TransMédia, a mis en place une « plate forme d’analyse des différents flux médiatiques pour détecter, circonscrire, suivre, mesurer, analyser et étudier la propagation des événements médiatiques et leurs dérivés » entre 2010 et
2013 [14]

 Des compétences étendues

Pour répondre à l'ensemble des activités, les personnels documentaires ont développé des compétences spécifiques. Au moment du traitement, celles-ci portent sur la connaissance des fonds, des chaînes, des collections, de la structure des bases et, plus spécifiquement, pour la gestion des imports de données, sur des compétences informatiques. En effet, encore aujourd'hui, il n'existe aucun outil à l'Ina qui permet d'intégrer tous les flux de données de manière automatique.

L'accompagnement de l'usager, quant à lui, requiert une grande disponibilité, des qualités d’écoute, et une adaptation du discours pour transmettre au mieux les informations nécessaires à l’usager en fonction de son niveau de connaissance des programmes. Comme le souligne Corinne Gauthier, responsable documentaire de l'Ina THÈQUE, le documentaliste instruit et analyse la demande de l'usager pour le guider au mieux dans l'interrogation des bases et des fonds. En fonction de sa demande et de son profil il peut orienter l’usager vers les autres secteurs de l’Ina en charge des archives.

 

Vers une base de données unique


Depuis 2012, les fonds de l'Ina sont regroupés au sein d'une direction unique, la direction déléguée aux Collections. Celle-ci s’apprête à se doter d’un nouveau système documentaire avec une seule base de données. Ce regroupement de quelque 28 millions de notices permettra, d'abord, de simplifier l’accès aux données. 

La réflexion en est encore à ses débuts, mais ce chantier sera sans doute l'occasion de développer des outils plus intuitifs, tant pour l'alimentation des données que pour la recherche des données, plus souples aussi afin de faciliter et d'enrichir les imports, plus évolutifs, enfin, pour accueillir de nouveaux usages.

Ces outils devraient intégrer des technologies d'indexation automatique (repérage des plans et séquences, transcription de la parole…) ou des aides, comme des dictionnaires de voix et d'images de personnalités destinés à faciliter les recherches et le traitement des fonds anciens encore peu documentés. La réalisation d'une partie de ces outils sera faite en collaboration avec le secteur de la recherche de l'Ina.

 

Anne Couteux, chef de projet en ingénierie documentaire, direction des Collections de l’Ina

Jeannette Pichon, chef de projet en ingénierie documentaire, direction des Collections de l’Ina, Avril 2014



[1] Créé en 1975 après l’éclatement de l’ORTF, dont il récupéra les fonds d’archive, l'Ina est une entreprise publique culturelle de l’audiovisuel chargée de la sauvegarde, de la valorisation et de la transmission de notre patrimoine audiovisuel. Pour son histoire et ses missions, voir Présentation de l’Ina.

[2] Pour les fonds de particuliers, voir notamment l’opération «Mémoires partagées », menée par l’Ina.

[3] Voir Toutes les fresques,  programmes interactifs et thématiques pour comprendre et revivre en image l'histoire politique et culturelle de notre temps, Ina.

[4] InaMédiaPro propose environ 1 million d’heures de télévision et radio, 500 corpus thématique, 7 millions de notices documentaires…

[5] Ina.fr, la plateforme vidéo grand public de l’Ina donne accès à environ 350 000 documentes télévision et radio, des dossiers thématiques, des fresques interactives…

[6] Voir Ina Boutique, Ina.

[9] Voir les lieux de consultation de l’Ina THÈQUE.

[10] Pour en savoir plus sur les évolutions des recherches universitaires menées à partir des fonds de l’Ina, voir le texte de Jean-Michel Rodes dans ce numéro des E-Dossiers de l’audiovisuel : « Faire de la recherche sur les médias : nouveaux usages, nouveaux enjeux, nouveaux objets ».

[11] L’Ina a des délégations à Rennes, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Lille. Voir L’Ina en région, Ina.

[12] À Pessac, Grenoble, Montpellier, Nancy, Bordeaux mi 2014. D'autres implantations sont en cours.

[13] Voir Ina STAT, Ina THÈQUE.

[14] Voir le site de l’Observatoire TransMédia.